30 juin 2008

Lancement d'Europe 1 Sport

Depuis le 2 juin, la nouvelle radio du groupe Lagardère émet en région parisienne sur 99,9 FM.

 

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Quelques fils électriques traînent encore au sol. Les bureaux ne sont pas encore tout à fait attribués et on s'installe parfois où l'on peut pour répéter avant l'antenne. Mais dans le studio flambant neuf, la lumière « On Air » est allumée.

Depuis le 2 juin, 5h58, Europe 1 Sport occupe les ondes. « Ça a été une opération commando pour démarrer dans les temps », reconnaît Olivier Beneuf, directeur général de la station. Trois semaines, pas une de plus, pour reprendre la fréquence de Sport Mx, détenue par le groupe Contact, et mettre sur pied la petite sœur d'Europe 1. Une station entièrement dédiée au sport. « Europe 1 a toujours parié sur le sport, rappelle Olivier Beneuf. En 1996, c'était la première à faire une grosse émission sportive, avec Eugène Saccomano. Il était temps, aujourd'hui, de reprendre le flambeau. » Objectif : créer, sur cette radio francilienne, un nouveau ton « plus convivial et moins péremptoire » pour parler de tous les sports.

Roland-Garros, l'Euro, le Tour de France, les Jeux olympiques de Pékin... On ne pouvait rêver mieux pour se lancer dans le grand bain. « Ces grands événements seront porteurs, confirme le directeur, mais ils nous mettent aussi une forte pression dès le départ. »

La pression, c'est aux portes du studio qu'elle est tangible. Pierre Fulla et Isabelle Severino révisent leurs fiches en tirant sur leurs cigarettes. L'ancien champion d'haltérophilie, commentateur sportif de longue date sur France 2, et la jeune championne de gymnastique présentent en tandem la « Fulla Academy », du lundi au vendredi, de 13 h à 16 h. « Pour la première émission, j'étais tellement stressée que mon cerveau surchauffait, sourit Isabelle Severino. On aurait dit le circuit de Magnicourt ! »

Mais l'angoisse n'éteint pas l'enthousiasme de ce nouveau projet. « Du ton à adopter au micro à la manière de conduire nos conférences de rédaction, on a tout à inventer », se réjouit Manon Calais, 23 ans, l'une des douze journalistes d'Europe 1 Sport. A la rédaction comme à la réalisation, les équipes sont jeunes et ne comptent pas leurs heures. Derrière les micros, les voix rodées de dix animateurs plus expérimentés assurent la crédibilité de la nouvelle antenne. « Les temps dorés de la FM sont derrière nous : créer une nouvelle radio aujourd'hui, il fallait oser, reconnaît Bruno Roger-Petit, qui tient la tranche 9 h-13 h de la semaine. »

Avec une grande sœur comme Europe 1, il est plus facile de se faire rapidement une place sur les ondes. D'autant plus que si la station 100 % sport se veut indépendante de la généraliste, les deux radios devraient se compléter dans les programmes sportifs et dans les équipes de terrain. « Dans un premier temps, c'est en étant adossé à Europe 1 qu'on va se nourrir, approuve Olivier Beneuf, mais je pense qu'on arrivera très vite à lui renvoyer la pareille. »

Ciblant un public plus jeune en recherche de nouveautéen matière de sport à la radio, Europe 1 Sport promet déjà de nouveaux auditeurs à la station historique. L'ambition affichée de faire de la nouvelle radio le laboratoire analogique du groupe Lagardère devrait égalementlui assurer un bel avenir.

 

Tiphaine Réto

 

Interview de Thierry Clopeau, directeur des sports des antennes d'Europe 1. 

"Europe 1 Sport sera notre fer de lance pour la radio numérique"

 

Quelle est votre ambition pour Europe 1 Sport ?

Nous voulons être le France Info du sport... en moins chiant. Notre colonne vertébrale reste l'information, avec des flashs sportifs toutes les 15 minutes. L'info doit y être sérieuse. Mais le sport est avant tout un spectacle et doit garder un côté ludique. C'est pour ça qu'une grande place est donnée aux talk-shows. Il faut qu'Europe 1 Sport soit populaire, de qualité, mais jamais populiste.


Comment imposer cette identité dans le paysage radiophonique ?

Il faut lui faire incarner le sport. C'est pour ça que nous avons mis à l'antenne des têtes d'affiche tel que Max, Bruno Roger-Petit ou Didier Roustan, et des sportifs, comme Pierre Fulla (ancien champion de France d'haltérophilie) et Isabelle Severino (championne de France et d'Europe de gymnastique) ! Ce sont eux qui connaissent le sport de l'intérieur. Ce sont eux qui donneront du corps à l'antenne.

 

Europe 1 Sport est aujourd'hui sur une fréquence locale, uniquement francilienne (99.9). Comment envisagez-vous l'avenir ?

Nous n'avions pas envie de n'avoir qu'une radio web comme RTL-L'équipe. Cette fréquence locale nous donne quand même un potentiel de 20 millions d'auditeurs sur le bassin parisien. Ce n'est pas à négliger. Mais l'objectif du groupe Lagardère est de faire d'Europe 1 Sport le fer de lance de la future radio numérique. Nous participerons, en octobre à l'appel d'offre des 19 villes candidates au numérique. Nous ne serons sans doute pas les seuls et, alors que nous ne sommes aujourd'hui que des challengers face, notamment, à RMC, c'est là que commencera la vraie concurrence entre radios sportives.


Recueillispar T.R.

 

26 juin 2008

Vous bossiez ? Et bien papotez maintenant !

Qui a dit que papoter au travail était une perte de temps ? Ce hobby est au contraire une activité hautement vertueuse. Déstressant et générateur de liens humains, le papotage peut être un atout pour l'entreprise et servir au management des équipes. C’est un chercheur tout ce qu’il y a de plus sérieux qui le dit. Parlez-en à la machine à café…

Voilà qui devrait faire jaser. Le papotage est bon pour la santé... de l'entreprise. C'est en tous cas ce que tendent à prouver les travaux de Grant Michelson, directeur de recherche et enseignant en management des ressources humaines à Audencia, l’école de management de Nantes. Depuis 2000, ce spécialiste de la papote étudie les répercussions de la communication informelle sur le management de l'entreprise. Et fait tomber les idées reçues.

Les bruits de couloirs, pouls de l'entreprise
Premier poncif à abattre : le patron n'est pas celui qui a le plus d'influence (mais ne le répétez pas au mien...). « Les personnes les plus importantes d'une organisation sont celles qui entendent le plus de papotages, explique Grant Michelson, parce qu'elles sont de précieux filtres d'information. » Écouter les bruits de couloir n'est donc pas anodin et peut permettre de se situer très vite dans la dynamique d'une entreprise... A condition de savoir jouer serré.

Impossible à contrôler

« Le papotage, décrit le chercheur, est une forme d'échange entre deux personnes à propos d'une autre personne. Il est souvent privé et discret et comporte tout autant d'attraits que de dangers. » Présent depuis toujours dans toutes les organisations humaines, il est aussi impossible à interdire qu'à contrôler. « Il est plus facile de détourner le cours d'une rivière que de faire cesser les papotages, s'amuse Grant Michelson. Si vous essayez, les gens trouveront toujours une autre méthode pour discuter des autres... » D'où la naissance de MSN ou autre méthode subversive de bavardages écrits. « Ceci dit, reprend le spécialiste, par écrit, les gens font plus attention à ce qu'ils disent. La parole, elle, est plus spontanée et plus libre car elle ne laisse pas de traces. »

Crever l'abcès de manière informelle
Pas d'inquiétudes, donc : la machine à potins n'est pas prête de s'arrêter. Et tant mieux, car, malgré sa mauvaise réputation, le papotage ne manque pas de vertu. « C'est un moyen d'établir des relations de confiance et de solidarité dans une équipe, détaille Grant Michelson. On tisse des liens en se racontant des sortes de secrets. C'est aussi une façon informelle de se plaindre très utilisée. On cherche ainsi des solutions auprès d'autres collègues ou, tout simplement, on crève l'abcès. Il permet donc souvent de gérer son stress. »

Le commérage pour tester une nouvelle idée
Le commérage peut même s'élever au rang de pratique managériale ! « Les dirigeants peuvent s'en servir pour tester de nouvelles idées ou préparer le terrain à certaines annonces difficiles à faire entendre, comme la non-revalorisation des salaires lors d'une année peu faste. Il suffit juste de penser à voix haute en s'assurant de la présence d'une oreille indiscrète. » Traître comme façon de faire ? « C'est surtout une méthode un peu risquée. Si le pot au rose est découvert, on risque de perdre toute crédibilité... mais de temps à autre, ça peut servir. »

Induire le papotage dans le recrutement
Plus judicieux pour encourager les pipelettes à la symbiose des équipes, la politique de recrutement. « Il peut être intéressant d'embaucher des personnes qui auront des facilités à communiquer avec les autres et qui encourageront tout de suite la confiance dans l'équipe. » Le papotage viendra alors de lui-même, une fois la machine à café installée.

Des lieux clos pour favoriser les secrets

« La machine à café ? Surtout pas !, s'insurge Grant Michelson. Il y a toujours du monde à y passer et on risque d'être surpris en pleine confidence. » A bas, donc, les open-spaces et autres halls d'échanges ! Le papotage demande l'intimité. « Plus vous avez de portes dans une entreprise, plus vous pouvez être sûr qu'on y discute. Surtout quand les portes sont fermées. » D'autant plus que ça, c'est la porte ouverte à tous les potins.

Tiphaine Reto © Cadremploi.fr - Publié le 24.06.08

19 juin 2008

Scientifiques au chômage reconvertis en informaticiens

« Sociétés en informatique offre CDI à chômeurs diplômés. » L'annonce pourrait paraître banale, si elle ne s'adressait à des béotiens en informatique. Pour pallier la pénurie d'ingénieurs informaticiens, les SSII tablent maintenant sur la reconversion d'anciens chimistes ou mathématiciens, restés sur le carreau du marché de l'emploi. Eclairage sur une expérience en cours.

« Mon état d'esprit ? Surexcitée, impatiente de faire mes preuves... et stressée comme une débutante ! » Kawter Azaiz entame la deuxième journée de son CDI d'informaticienne chez ITS Group, une société de conseil en technologie de l’information. Mais débutante, elle ne l'est pas vraiment. A 28 ans, cette « petite nouvelle » a déjà roulé sa bosse. Diplômée depuis quelques années d'un master pro de chimie, elle a enchaîné quelques expériences en laboratoire, en France et à l'étranger.
Des stages, sans réelles perspectives d'embauche. « Pendant trois ans, je suis surtout passée de petits boulots en petits boulots, confie la jeune universitaire. Histoire de manger et de m'occuper. » Mais les opportunités de carrière dans son domaine de recherche se font rares. « J'ai très vite su que je ne pourrai pas exercer dans un labo. Mais quoi faire ? Je ne savais pas. »

Débutante en informatique

Informaticienne ? La chercheuse n'y aurait jamais pensé. « Je savais me servir de Word, j'envoyais des mails et je tchattais sur MSN... Là s'arrêtaient mes compétences en informatique. » Mais les circonstances font bien les choses. « Une amie m'a parlé de la formation d'ITS Group. Je me suis tout de suite dit que c'était une chance à ne pas manquer ! »

Un apprentissage et un poste assuré

Six semaines de cours théoriques et pratiques sur Unix, un système d'exploitation utilisée par les grandes entreprises, et la voilà promue coordinatrice de projet pour une SSII. « Vous vous rendez compte ? Après trois ans de galère, j'étais persuadée que plus personne ne croyait en moi... Et là, on m'offre un apprentissage et un poste assuré à la clé ! ». Quant à la rémunération de 25 K€ proposée au départ, elle n’atteint pas celle d’un jeune diplômé mais devrait augmenter au bout de six mois, comme le prévoit le contrat de travail.

Une quarantaine d'organismes de reconversion

La formation « CDIsable », c'est presque devenue une spécialité pour ITS Group. La société de services en infogérance intègre chaque année une quarantaine de non-informaticiens dans ses équipes. Le contrat est simple : une mise à niveau en informatique contre un engagement à travailler un certain temps pour le groupe. « Nos clients étaient assez sceptiques au début, admet François Perrin, directeur général délégué d'ITS. Mais les résultats les ont très vite fait adhérer à l'idée. »
Les résultats et les besoins du marché. Car pour pallier à la pénurie de professionnels, les SSII sont prêtes à tout. Et les organismes de formation l'ont bien compris. En Ile de France, pas moins d'une quarantaine d'organismes conventionnés proposent désormais ce type de reconversion.

Un esprit logique avant tout

Les profils recherchés se ressemblent : des diplômés en chimie, en maths ou en biologie restés sur la touche du marché de l'emploi. « Mais le tout est d'avoir un esprit logique, une bonne capacité de concentration et une réelle envie de travailler », promet Patrick Rakotomalala, directeur de l'Afcepf, conventionné pour la formation de néo-informaticiens. Et d'ajouter : « Le meilleur stagiaire de notre dernière promotion possédait une licence de psychologie et avait travaillé dans le cinéma ! »
Le cas reste encore assez rare. « Nous privilégions tout de même les gens de culture scientifique, reconnaît François Perrin. On parle le même langage et ils comprennent très vite les algorithmes des programmes. » Et pour le directeur, pas de soucis : « Au bout d'un an d'expérience, on ne voit plus de différences avec les informaticiens sortis d'écoles. »

Des sous-informaticiens ?

Une certitude que ne partage pas Régis Granarolo, président du Munci (Mouvement pour une union nationale et collégiale des informaticiens). « Ces formations créent des sous-informaticiens, que les entreprises utilisent quand elles ont besoin. Mais en cas de problèmes, ce seront les premiers à être mis à la porte. »
Référence non dissimulée aux dernières années de vache maigre du secteur... « En 2001, au plus fort de la crise, ce sont les non-informaticiens qui ont le plus souffert, observe Eddy Gaciot, responsable de GT'M Ingénierie, spécialisé dans la formation et le conseil aux entreprises. Mais aujourd'hui, nous essayons de trouver des solutions pour les épargner en cas de coups durs. »

Certifiés conformes...

Deux Certificats de qualification professionnelle (CQP) viennent ainsi d'être créés. Deux autres devraient voir le jour à la rentrée. Des décorations es informatique qui viendront s'ajouter aux diplômes déjà décrochés par nos anciens thésards en chimie ou biologie... Et leur assurer, enfin, une carrière toute tracée. « Toute tracée, je ne sais pas, nuance Kawter Azaiz. Mais pleine d'espoir, ça, c'est sûr ! »

 

Tiphaine Reto © Cadremploi.fr - Publié le 19.06.08

09 juin 2008

PME innovantes : un coup d'avance pour la carrière

Ras-le-bol de vous endormir sur les mêmes dossiers ? Lassé de ne voir vos journées rythmées par le seul bruit de la machine à café ? Et pourquoi ne pas redonner du tonus à votre parcours professionnel en faisant le pari de rejoindre une PME innovante. Dans la grande région Ouest, elles dynamisent le marché de l'emploi.

D'après vous, qui a bien pu inventer le fil à couper le beurre ? Un Breton, forcément. Ou un Normand, à la rigueur... Un gars de l'Ouest, en tous les cas. Et pour cause, puisque du Havre à Poitiers, de Brest à Orléans, les régions du Ponant ont décidé de mettre l'accent sur les innovations. « Aujourd'hui, assène Hervé Duval, délégué innovation d'Oséo Centre, il y a deux types d'entreprises : les rapides et les mortes.»

Bretagne et Pays de Loire dans les cinq régions les plus innovantes
Les créateurs d'entreprises de l'Ouest l'ont bien compris et 38 % d'entre eux, selon l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), déclarent chercher à apporter de la nouveauté sur leur marché. Le développement de pôles de compétences ou d'excellence, l'implantation de multiples pépinières ou de gigantesques technopôles, tel qu'Atlanpole à Saint Nazaire, n'y sont pas pour rien. La Bretagne et Les Pays de Loire se tirent ainsi la bourre chaque année pour garder la 4e place des régions les plus innovantes de France. « Ceci dit, il est difficile de mesurer la part exacte des entreprises innovantes, tempère Alexandre Colomb, responsable innovation de la Chambre régionale de commerce et de l'industrie de Bretagne. D'abord, parce qu'il est tout simplement difficile de savoir ce qu'est une entreprise innovante. »

Innovantes ? Oui, mais dans quoi ?
Car l'innovation ne s'en tient pas à l'invention technique. « Aujourd'hui, une entreprise innovante, reprend Alexandre Colomb, c'est aussi une entreprise qui met en place de nouvelles techniques managériales, qui cherche de nouveaux savoir-faire commerciaux ou marketing, voire qui élabore une nouvelle politique sociale. »

Allier passion et travail
Chercheur, commercial, financier, manager... Tout le monde peut donc faire son trou dans l'entreprise innovante. Raisons de plus pour élargir le champ des possibilités et réconcilier le salarié avec la notion de plaisir. « Dans chaque domaine, on peut trouver à innover, renchérit Hervé Duval. J'accompagne actuellement un jeune de 20 ans, mordu d'équitation, qui a monté sa société pour mettre sur le marché des produits innovants pour l'entretien des chevaux. ». Une manière d'allier  passion et travail.

L'envie de s'investir
« Mais pour travailler dans une entreprise innovante, explique Yanis Souami, il faut surtout aimer un certain état d'esprit. » A 26 ans, ce spécialiste en halieutique a monté sa société en Basse-Normandie pour commercialiser un dispositif acoustique capable de dissuader les cétacés d'approcher les filets de pêche. Une révolution dans le monde de la marine. Aujourd'hui, il cherche à recruter de nouveaux collaborateurs. « Pas si simple, reconnaît le jeune homme, parce qu'intégrer une start-up demande d'avoir le goût du risque et l'envie de s'investir. »

Des salaires minorés au début...
Mobilité, dynamisme, exigence... Toutes les qualités sont nécessaires pour se lancer dans l'aventure de l'innovation. Toutes les qualités et quelques sacrifices : « C'est vrai qu'au début, les salaires sont moins importants qu'ailleurs », admet Yanis Souami. Les chiffres varient selon les secteurs d'activité, mais la rémunération des start-up, notamment, est souvent estimée à 30% de moins que dans une société traditionnelle.

Un choix payant à l'arrivée
Une réalité qui s'explique aisément, selon Alexandre Colomb : « Ce sont de toutes petites structures qui doivent bien attendre de gagner de l'argent avant de pouvoir payer leurs salariés. Mais ça, ça  fait aussi partie du deal. » Et un deal qui, finalement, participe au plaisir de travailler pour une structure innovante : « Quand on gagne son salaire, on sait qu'on s'est battu pour l'obtenir », promet Yanis Souami. Le jeune homme reste convaincu du choix stratégique de la start-up : « Il ne faut pas s'arrêter aux sacrifices à court terme, mais vraiment penser aux bénéfices au long terme. Personnellement, je suis persuadé que ce type d'aventure finit par être payant. Et pas que sur le plan financier ! »

Vie professionnelle plus motivante
Payant, le travail l'a été pour Patrick Touzeau, cofondateur de Cezzer. L'entreprise brestoise vient de décrocher un partenariat avec TF1 pour lancer son vidéo club innovant. Il ne s'en cache pas : « C'est une belle récompense et une grande fierté pour toute l'équipe. Tout le monde a dû prendre part au challenge. » Moins de routine, plus de terrain, des objectifs à défendre et des marchés à conquérir... Pour lui, comme pour Yanis Souami, la vie professionnelle a un côté plus motivant quand on adhère à un projet innovant.

Une expérience valorisante
Plus motivant et plus profitable. « Les entreprises innovantes, note Alexandre Colomb, travaillent beaucoup plus que les autres en réseaux. On partage des expériences, on échange des compétences et on élargit ses connaissances. » Un bon moyen pour pouvoir sans cesse rebondir. « Et avoir travaillé dans une start-up, c'est toujours une expérience valorisante aux yeux d'un employeur, affirme Yanis Souami. Ça prouve qu'on a envie de faire avancer une société. » Dans les deux sens du terme !

 Tiphaine Reto © Cadremploi.fr - Publié le 04.06.08

13 mai 2008

Dossier sur les jeunes diplômés

 

(Les deux articles à suivre appartiennent à un dossier sur l'emploi des jeunes diplômés paru sur le site www.cadremploi.fr)

Premier salaire : comment négocier sans se tromper ?

C'est souvent la question piège. « Quelles sont vos prétentions salariales ? » Même pour les matheux, difficile, quand on sort tout juste des bancs de l'école, de savoir combien on « vaut »... Difficile aussi d'imaginer pouvoir négocier son premier salaire. Difficile, mais finalement pas impossible.

Les chiffres ne font pas rêver. Selon une récente enquête de l'Apec, un jeune diplômé tout frais émoulu d'école aurait trois fois moins de chance de pouvoir négocier son salaire qu'un cadre déjà expérimenté. Voilà qui ne laisse rien présager de bon pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail. « Mais c'est à modérer, explique Anita Boisard, de l'Apec Richard Lenoir, à Paris. Car tous les jeunes diplômés sont rarement totalement sans expérience. »

De 26 000 à 33 000 euros par an

Un stage en entreprise ou un premier petit boulot peuvent déjà vous mettre en valeur. La maîtrise d'une langue rare ou d'un programme informatique spécifique sont évidemment des atouts à souligner. « Après, reprend Anita Boisard, c'est surtout la qualité du diplôme qui entre en jeu. » A la sortie d'une école de commerce ou d'ingénieur, le premier salaire peut ainsi s'estimer entre 31 000 et 33 000 euros par an. Diplômé d'université, la fourchette descend entre 26 et 27 000 euros. « Ceci dit, il faut toujours se méfier de ces enquêtes, sourit Christian Darantière, de l'Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIJ). Car tout dépend de l'entreprise où vous postulez. »

Du doigté pour négocier

Première étape, donc : se renseigner sur l'employeur. « Certaines entreprises ont une grille de salaire et n'en démordent pas, poursuit Christian Darantière. D'autres, au contraire, attendent une réelle discussion autour de la question salariale. » Pas question, en tous cas, d'arriver avec des requêtes catégoriques : « D'une manière générale, affirme Anita Boisard, il faut prévoir un fourchette de négociations raisonnables, variant de 3 à 4000 euros sur le salaire annuel. »

Penser aux primes

Mais il n'est pas interdit de ruser en pariant sur les éléments annexes de la rémunération. Primes à l'intéressement, commissions ou autres avantages liés à une fonction peuvent parfois apporter un subside non-négligeable sur les revenus de l'année. « Et c'est souvent plus facile à négocier auprès d'un employeur qui doit, de son côté, faire attention à respecter les échelles de salaire de l'ensemble de ses collaborateurs », précise Christian Darantière.

Négocier son salaire ou préparer sa carrière ?

Plus facile, mais pas forcément de meilleur ton. Pour Philippe Guittet, consultant en gestion de carrière, c'est une erreur de ne parler que d'argent dans une négociation d'embauche : « Quand on entre dans la vie active, il est bien plus important de construire sa carrière que son salaire », assène le spécialiste. En d'autres termes, mieux vaut étudier la question de l'évolution dans l'entreprise que celle de la première rémunération. « De toute manière, plus vous grandirez avec la société, plus votre salaire augmentera. »

Un délai pour renégocier

Même avis du côté de l'Apec. « Un premier contrat, c'est avant tout une chance de démarrer, confirme Anita Boisard. Il est donc parfois plus judicieux d'établir un délai pour renégocier son salaire après quelque temps passé dans l'entreprise. » Et faire ainsi valoir d'une véritable expérience.

Tiphaine Réto

 

 

Pourquoi j'ai choisi un premier poste dans une PME ?

Diplômé d'une grande école d'ingénieur, Romain, 23 ans, aurait pu tenter d'intégrer un grand groupe de construction aéronautique. Mais non ! Le jeune homme a fait le choix de travailler pour une PME. Pour le compte de Medysys, entreprise de sous-traitance aéronautique, il planche sur un projet qui le motive... et pourra donner du pep's à sa carrière.

« Faire le même travail dans la même société pendant 40 ans, ce n'était pas mon truc. » Romain Cariou n'a que 23 ans, mais il sait déjà ce qu'il veut : « travailler pour une PME ». « Pour moi, faire partie de l'équipe d'une petite entreprise, c'est se donner la chance d'occuper des postes très différents. » Le jeune homme s'explique : « Dans une grosse boîte, tout est très sectorisé. On nous confie une tâche à l'embauche... et pour en changer, c'est parfois une drôle de galère. »

A peine trois semaines de chômage...

Diplômé depuis quelques mois de l'Ecole nationale supérieure d'ingénieurs et de constructions aéronautiques (Ensica), à Toulouse, Romain n'a pas attendu longtemps avant de se faire embaucher par Medysys, une petite entreprise de 200 salariés spécialisée dans la simulation numérique en aéronautique. « Après mes études, je suis resté seulement trois semaines au chômage. »

... Mais pas moins de dix entretiens

Une courte période, pendant laquelle le jeune ingénieur enchaîne pas moins de dix entretiens pour des entreprises différentes. « J'ai procédé classiquement en déposant mes CV sur des sites spécialisés dans la recherche d'emploi. J'ai également fait appel au réseau des anciens élèves de mon école... Mais, ça, ça n'a pas servi à grand chose. »

Poser beaucoup de questions

Peu importe puisque rapidement, c'est Medysys qui contacte le nouveau diplômé. Son expérience de six mois en tant que stagiaire chez Dassault ne laisse pas la société indifférente. Romain se retrouve partie intégrante d'un projet d'ingénierie d'études commandé par Airbus.

« Dès l'entretien, se souvient-il, j'ai posé énormément de questions. » Une nécessité absolue selon le jeune homme. « Je me suis aperçu que certaines entreprises avaient des postes qui paraissaient très intéressants sur le papier... Mais qu'en réalité, il n'y avait aucun projet derrière, aucun moyen pour mettre en œuvre un travail concret. »

L'ambiance avant tout

Exit les postes alléchants... Mais Romain ne regrette rien. « C'est vrai que les conditions de travail dans une PME sont un peu moins bonnes que dans une grosse société. On travaille beaucoup, on est payé un peu moins cher, mais l'ambiance y est tellement plus agréable ! » Et le novice de vanter les mérites de la communication au sein d'une petite structure : « Ici, même quand on débute, c'est très facile de parler à sa hiérarchie, de donner son avis et d'exprimer ses positions sur telle ou telle question. » Et de sentir, ainsi, pousser les ailes de sa carrière.

Tiphaine Réto

 

05 mai 2008

Les enfants, des auditeurs exigeants

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La télévision leur consacre des chaînes entières. La presse leur crée des magazines. L'édition leur conçoit des livres. Tour d'horizon des derniers bastions des émissions enfants sur les radios généralistes.

Pour elles, il s'agit d'une évidence. « Faire des émissions pour enfants, c'est donner le meilleur. » Noëlle Breham sur France Inter, Dominique Boutel sur France Musique et Aline Pailler sur France Culture. Trois femmes, trois styles, trois émissions, mais une même envie : inclure les plus petits dans le monde des radios généralistes.

Difficile de mesurer l'impact de leur travail. La part d'audience des moins de 13 ans n'est pas mesurée par Médiamétrie. « Il ne faut pas rêver, reconnaît Noëlle Breham. Les enfants n'écoutent la radio que parce que leurs parents l'écoutent. » Son émission, « Les P'tits Bateaux », qui fait intervenir des spécialistes pour répondre aux questions des jeunes auditeurs, enregistre pourtant un taux d'écoute impressionnant. Diffusée le dimanche soir, de 19h30 à 20h, son audience jusqu'en décembre 2007 dépassait celles de RTL, Énergie et Europe 1 réunies.

Une curiosité insatiable 

Un succès qui se travaille en amont. « Nous recevons plus de cent questions par semaine. Pour chaque réponse nous cherchons toujours la personne qui fait référence dans son domaine. Les enfants sont en formation intellectuelle : il faut à tout niveau leur donner de la grande qualité. » Pour autant peut-on parler de tout avec les plus petits ? « Évidemment, rétorque Dominique Boutel. Les enfants ont justement une curiosité insatiable. Ils sont sans a priori culturel et n'ont jamais peur de s'interroger. » Avec « Keske », diffusé chaque mercredi à 13h15, la productrice accompagne les jeunes dans leur découverte de tous les types de musique. Et pas question pour elle de les considérer avec hauteur : « Cela ne sert à rien de parler bébé. Les enfants parlent notre langue. Pour conserver l'attention des petits, ce qui compte c'est le rythme. » Même secret pour « Les P'tits bateaux » : les émissions se morcellent en discussions de trois minutes, les sujets varient et les intervenants se succèdent.

Pour Aline Pailler, qui présente « Jusqu'à la lune et retour », chaque samedi, de 18h30 à 19h sur France Culture, la question est moins cruciale. L'émission s'adresse aux parents pour les guider dans le monde de la littérature enfantine. La productrice rêverait pourtant de consacrer un programme entier à la jeunesse. « J'ai même participé à un projet de création de radio associative pour les enfants. Mais l'aventure a capoté avant d'arriver à terme. » En cause : un refus du CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) d'octroyer une fréquence à ce projet non-commercial. « De toutes façons, créer une radio pour enfant, qui place la pédagogie, la poésie et l'éveil au cœur de l'écoute, cela ne peut venir que d'une volonté publique, reprend Aline Pailler. Reste à savoir si cette volonté existe... »

Tiphaine Réto.

« Il a fallu se battre pour imposer la fiction pour enfants »

« La fiction radiophonique pour enfant est un espace de création illimité. » Françoise Gerbaulet sait de quoi elle parle. Auteure de pièces pour la jeunesse, elle a longtemps écrit pour la tranche des fictions enfantines de France Culture. Aujourd'hui vice-présidente aux affaires radiophoniques de la Société des gens de lettres, elle continue de défendre ce genre. « A l'heure du tout image, qu'y a t-il de mieux pour libérer l'imaginaire des jeunes que de leur raconter des histoires ? »

Raconter des histoires, c'est la fierté historique de France Culture. Sur sept heures de programmes de fiction par semaine, la chaîne alloue une demi-heure de création pour le « jeune public », chaque dimanche, de 17h30 à 18h, avec Enfantines. « Il a fallu se battre pour introduire une forme dramatique pour enfants», se souvient Nelly Lenormand, instigatrice des premiers programmes du genre. Si dès 1988, Alain Trutat, cofondateur de France Culture, se laisse tenter par un ensemble d'émissions à destination des plus jeunes, il faut attendre 1992 pour que les mythiques Histoires du Pince-Oreille s'imposent sur les ondes. L'émission changera plusieurs fois de noms et d'objectifs, oscillant entre le tout imaginaire et le très pédagogique, mais la fiction pour enfant est née. Et souhaite se revendiquer.

« Les dramatiques sont un vrai vivier d'auteurs », reprend Françoise Gerbaulet. De Jean-Claude Grumberg à Georges Moustaki, de grandes plumes se sont confrontées au genre, y faisant même, comme Fabrice Melquiot, leurs premiers pas d'écrivains. « En moyenne, une vingtaine de personnes écrivent chaque année pour Enfantines, résume Caroline Ouazana, conseillère littéraire de l'émission. Notre envie est de varier au maximum les écritures pour ne jamais installer l'auditeur dans une habitude et pour lui faire découvrir le plus d'univers possible. »

Mais avec une demi-heure par semaine, la fiction pour enfants peut-elle vraiment s'imposer ? Hormis France Culture, les radios ont cédé très rapidement le genre à la télévision. « Pourtant en développant ces fictions, on pourrait accrocher de nouveaux auditeurs, rétorque Yves Nilly, premier vice-président de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Ils découvriraient que la radio n'est pas qu'information. » Difficile pourtant d'étendre les programmes : « Ce n'est pas si simple, explique Blandine Masson, coordinatrice des fictions de France Culture. Créer de nouveaux espaces comme Enfantines demanderait de supprimer d'autres émissions sur la chaîne. »

Seule solution : amorcer la révolution internet, bloquée aujourd'hui par des problèmes de droits d'auteurs. « L'avenir de la fiction passe par le téléchargement libre, affirme M. Nilly. En Allemagne ou en Angleterre, il permet à la création dramatique de se renouveler et les fictions, notamment pour enfants, remportent un réel succès. »

Tiphaine Réto.

28 avril 2008

Ondes de nuit sur France Inter

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La radio généraliste de service public est une des seules à poursuivre le direct la nuit. Un parti pris pour prendre le temps de la liberté et de la confidence.

Minuit quarante-cinq, sur les bords de Seine. « Allô la planète », l'émission interactive et internationale d'Eric Lange, s'achève entre Shanghaï et Hanoï. Là-bas, le jour naît. Ici, c'est la nuit. Dans les couloirs de France Inter, les bureaux se sont vidés depuis longtemps, mais on y décèle encore de l’activité. Car Inter est une des seules stations à proposer des programmes en direct d'un bord à l'autre du jour. De une heure à cinq heures, la nuit durant, deux Serge prennent les rênes de « Sous les étoiles exactement » : au micro, Serge Levaillant ; aux manettes, Serge Gandon, son réalisateur.

En studio, la lumière tamisée rappelle l'heure avancée, mais l'énergie du direct reste tangible. Une obligation, pour le producteur de l'émission. « Les gens qui écoutent n'ont pas envie qu'on leur rappelle qu'ils ne dorment pas, explique Serge Levaillant. D'autant qu'aujourd'hui, parler d’une émission « de nuit », ça ne veut plus rien dire. » Il réajuste ses lunettes sur le dessus de son crâne. « Quand j'ai commencé, je parlais pour les boulangers et les éboueurs. Aujourd'hui, il y a plus de 400 métiers de nuit. Sans compter Internet, qui permet à des familles de nous écouter en déjeunant, aux Etats-Unis. » Impossible, en fait, de connaître la part d'audience des émissions de nuit, puisque Médiamétrie arrête ses baromètres entre minuit et cinq heures. « On estime nos auditeurs à quelques dizaines de milliers sur cette tranche horaire, avance Frédéric Schlesinger, directeur de France Inter. Mais à cette heure-là, la part d'audience importe peu. »

Il est 1h30 et le chanteur Louis entame quelques morceaux live. Chaque année, près de 650 artistes défilent dans le studio pour la première heure de l'émission. « C'est important d'avoir toujours du direct sur les ondes, affirme Serge Gandon. Cette présence est aussi la mission du service public. » Une mission revendiquée par la direction. « Etre-là la nuit fait partie de l'histoire de France Inter, rappelle Frédéric Schlesinger. Ca fait plus d'une décennie que « Sous les étoiles exactement » est installée sur les ondes, et il n'est pas question de changer. »

A deux heures tapantes, Mickaël Thébaut entre en studio pour son premier flash. Trois minutes d'info préparées en solo à l'étage supérieur. Place ensuite à la rediffusion de « 2000 ans d'histoire ». Les invités quittent les lieux, et les techniciens s'éclipsent, pour une courte sieste. Serge Levaillant en profite pour peaufiner son « texte », une tranche d'écriture qu'il s'offre chaque nuit, entre 2h30 et 3h. « C'est l'avantage de la nuit, explique Serge Gandon. On est totalement libre de dire et faire ce qu'on veut. » Pas question pour lui de revenir à des horaires « normaux ». « Le prime-time, c'est la gloire. Mais la nuit, c'est le seul moment où j'ai vraiment l'impression de « faire de la radio ». Montage d'émissions, assemblage de sons, direct... On fait tout.  Tranquillement. ».

Trois heures, les journalistes de la matinale arrivent à la rédaction. L'ambiance reste feutrée. Au studio 61, le réalisateur de « Sous les étoiles exactement » lance l'enregistrement d'une interview de Jean-Louis Trintignant, réalisée dans l'après midi. « La nuit, précise-t-il, c'est aussi le moment de la rencontre. Tout va plus lentement. On a le temps de discuter avec les gens. »

Quatre heures. C'est l'heure de la rediffusion de « Sur la route », l'émission musicale de Laurent Lavige. Au septième étage, c'est surtout l'heure de la conférence de rédaction, pour préparer les journaux du matin. Sous la houlette de Patrick Cohen, rédacteur en chef, les journalistes font le point. Et en une heure, les couloirs de France Inter s'animent peu à peu. Les deux Serge quittent le navire. Il ne fait pas encore jour, mais sur les ondes, déjà, la nuit s'est évanouie.

Tiphaine Réto.

Serge Levaillant : « Faire de la radio la nuit, c'est une vraie profession de foi »

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 Auteur, animateur, homme de radio, découvreur de talents... Serge Levaillant ne sait plus se décrire lui-même. « Gardien de nuit », avance-t-il, avant de se raviser. Car la nuit, il ne la garde pas. Il la partage.

Cet amoureux de la mer, ancien officier de la marine marchande, guide les noctambules sur les remous de la chanson française. De une heure à cinq heures du matin, de la nuit du mardi au mercredi à la nuit du vendredi au samedi, il assure sans faillir, depuis 1997, la relève des ondes dans « Sous les étoiles exactement ». De Bénabar à Jeanne Cherhal, de Grand Corps malade à Renan Luce... Pas un qui ne soit passé par son émission, avant d'être reçu ailleurs. « Je me souviens de Camille. Elle était encore étudiante à Science Po quand je l'ai reçue au micro. Et aujourd'hui, elle a le prix Constantin ! » Sur internet, le profil MySpace de Serge Levaillant fait désormais référence dans le monde de la musique. Son secret ? « Je prends le temps de tout écouter et de tout lire, répète-t-il en montrant d'un geste les étalages de disques rangés sur son bureau. Après... C'est du feeling. »

L'homme dort peu, mais s'en moque. « Faire de la radio la nuit, c'est une vraie profession de foi. » A 49 ans, il ne cesse de s'émerveiller à chaque rencontre, chaque découverte. « Il y a tellement de gens bien ! Mais qui connaît Marcel Kanche ou Les Doigts de l'homme ?... Moi. Et c'est aussi pour eux, pour les faire connaître, que je suis fier de bosser ici ! ».

Et pas question de s'arrêter. « Mon rêve serait de faire une émission qui dure de minuit à six heures ! Avec des jeunes, passionnés par la radio, à qui je laisserais carte blanche. » De quoi assurer le quart pour les nuits à venir.

Tiphaine Réto 

23 avril 2008

Zoom emploi sur la région Nord (4 articles)

Avez-vous pensé aux PME du Nord

Finis le charbon et la betterave. Le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie se sont départis des clichés qui ternissaient leur image. Aujourd'hui, les petites et moyennes entreprises y fleurissent... Et revendiquent leur dynamisme. Une piste à ne pas négliger pour donner un coup de pouce vertueux à sa carrière.

« Travailler pour une PME, c'est se donner la chance de contribuer à une aventure humaine excitante. » Rémi Donneger, chef d'une petite entreprise de sous-traitance de relations financières, n'a pas son pareil pour vanter les mérites du travail en petite structure. Polyvalence, responsabilité, autonomie et possibilités d'évolution de carrière insoupçonnée... Pour lui, toutes les raisons sont bonnes pour intégrer une PME.

700 000 PME dans le Nord

Toutes et surtout une : les 20 dernières années, en France, près de 2,3 millions d'emplois ont été créées dans les entreprises de moins de 200 salariés. Et le Nord de l’Hexagone n’a pas lésiné sur sa contribution. « En Picardie, explique-t-on à Oséo, organisme de financement et d'accompagnement des entreprises, 3410 postes de cadre ont été créés contre 2870 l'année d'avant. » Dans le Nord-Pas-de Calais, ce ne sont pas moins de 700 000 petites et moyennes entreprises qui aspirent 78 % de l'emploi de la région.

Toujours plus de tertiaire

Un dynamisme qui reflète aussi une évolution des secteurs d'activité : finance, assurance, export ou agroalimentaire... Le cliché du Nord et de ses houillères n’est plus d’actualité depuis belle lurette. « Aujourd'hui, à Lille, plus de 70 % des entreprises travaillent dans le tertiaire », affirme Charlotte Ballu, de l'Agence pour la promotion internationale de la métropole Lilloise (APIM).

Le développement du nœud autoroutier ou l'arrivée du TGV dans le Nord Pas-de-Calais ont, depuis dix ans, désenclavé la région, l'érigeant même en capitale européenne. En Picardie, c'est l'extension toujours plus prononcée du bassin parisien qui a mis en lumière les possibilités de Valenciennes ou d'Amiens : « Aujourd'hui, remarque Béatrice Froment, consultante au cabinet de recrutement picard AU Conseil, Senlis, c'est déjà la porte de Paris. » Résultat : de grands groupes, comme Auchan, Bonduelle ou Décathlon se sont installés dans ces nouveaux eldorados de la décentralisation. Et à leur suite des myriades de petites entreprises de sous-traitance.

Beaucoup d'offres, mais peu de demandes

Tout n'est pourtant pas rose pour les PME du Nord. Car si les offres pour des postes d'ingénieurs ou de commerciaux sont pléthoriques, les volontaires pour les occuper sont peu nombreux. « Pour lespostes à faibles responsabilités, nous n'avons pas de mal à trouver des candidats, mais il est beaucoup plus difficile de faire venir un cadre dans nos entreprises, reconnaît Claire Goldblum de la CGPME Pas-de-Calais. La plupart sont attirés par les grandes métropoles et par les grandes sociétés. »

Une affirmation reprise par Rémi Donneger. Son entreprise, basée à Roubaix, cherche désespérément à recruter un directeur juridique, des gestionnaires de comptes, des informaticiens et des commerciaux. « La plupart des candidats préfèrent être embauchés au Crédit Agricole : l'effet « grosse boîte » est plus sécurisant. » En 2007, dans le Nord, plus de 14 000 entreprises ont ainsi dû renoncer à un projet de recrutement.

PME-compatible ?

La PME rebute-t-elle les salariés ? « Pas nécessairement, rétorque le chef d'entreprise. J'ai eu des candidats, mais ils ne correspondaient pas aux besoins d'une PME. » Car selon lui, « le candidat ne doit pas seulement avoir des compétences techniques. Il doit montrer son esprit combatif et innovant. Loin de l'anonymat des grands groupes, le salarié de PME devient très vite une personne clé. Il faut donc qu'humainement parlant, les candidats correspondent au projet de l'entreprise. » Un avis partagé par de nombreux entrepreneurs. Reste donc aux candidats, surtout s’ils ont effectué une partie de leur parcours professionnel dans un grand groupe, à travailler leur « PME-compatibilité ».

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – 21 avril 2008

  

Les promesses des pôles de compétitivité

Depuis 2005, les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie ont développé sept pôles de compétitivité dans des secteurs aussi variés que le transport, le textile, la nutrition ou la santé. Une stratégie économique qui dynamise l'emploi et favorise l'implantation d'entreprises étrangères.

Troisième région économique française, le Nord-Pas-de-Calais a fait aujourd'hui le pari de l'innovation. Pas moins de sept pôles de compétitivité, associant recherche, formations et entreprises, ont ainsi vu le jour depuis 2005, de Boulogne-sur-Mer à Compiègne. Transport, nutrition, textile, industrie du commerce, halieutique ou agro-alimentaire... Loin de renier son passé ouvrier, la grande région Nord a choisi de s'appuyer sur ses compétences traditionnelles pour opérer le virage de l'industrie de pointe.

Des métiers plus pointus

Exemple dans le textile. La filière, qui représente 20 000 salariés et 600 entreprises dans la région, n'entend plus désormais parler « d'emplois traditionnels ». Avec la mise en place du pôle Up-Tex, sur les textiles innovants, l'heure est à la créativité : « Tout ce qui est chaîne d'assemblage de vêtements peut être fait partout ailleurs dans le monde à moindre frais, explique André Beirnaert, président du pôle. Il nous faut donc réinventer sans cesse des métiers du textile plus spécialisés, plus pointus. Plus polyvalents, aussi. »

Un tiers des embauches de cadres en 2015

Et plus nombreux ? En 2007, selon l'Apec, près de 30 % des 140 000 cadres de la région exerçaient dans des activités concernées par les différents pôles. Et sur les 29 000 emplois cadres qui devraient être créés dans la région à l’horizon 2015, 17 400 devraient l’être entre 2010 et 2015, lorsque l’effet « pôle » se fera réellement sentir, prédit une étude de l’Apec parue en 2007. Un tiers pourrait d'ailleurs leur être directement imputable. Mais difficile de s'avancer d'avantage aujourd'hui. « L'emploi est une conséquence de la politique de compétitivité, réplique André Beirnaert. Les pôles vont forcément créer des emplois. Mais ils n'existent que depuis 2005 : c'est donc encore un peu difficile à mesurer. »

De grands groupes à l'origine des pôles

Même raisonnement du côté de la Chambre Régionale du Commerce et de l'Industrie de Lille. « L'impact en terme de création d'emplois est d'autant moins palpable que beaucoup de ces pôles se sont constitués autour de grands groupes, affirme Dominique Boudin, responsable du secteur innovation. Bonduelle, au cœur du pôle Nutrition Santé Longévité, ou Alstom-Bombardier, au sein d'I-Trans, aurait sans doute embauché sans la création de ces pôles. »

Le nombril de l'Europe

Plus facile à observer : l'impact de ces politiques d'innovation sur l'image du Nord à l'extérieur de nos frontières. En quelques années, ces pépinières de projets, alliés à une politique d'infrastructures dynamique, ont permis à la région Nord-Pas-de-Calais de se placer en France comme la première région d'investissements étrangers (hors Ile-de-France). Le pôle I-Trans, sur les transports intelligents, a atteint une vocation mondiale, tandis que des grosses sociétés internationales, tels que Toyota à Valencienne, ont depuis longtemps compris l'intérêt stratégique de cette région nombril de l'Europe.

Lille préférée à Paris

« Certaines entreprises, remarque Claire Lesbleiz, de l'Agence pour la promotion internationale de Lille métropole (Apim), font même le choix de s'installer à Lille sans ouvrir d'antenne parisienne. » C'est le cas, notamment de l'entreprise britannique Tate and Lyne, qui vient d'ouvrir un centre de recherche et de développement des ingrédients alimentaires, en créant dans la région 70 postes supplémentaires. Le groupe pharmaceutique Bayer Shering Pharma vient lui aussi d'installer son « centre de décision » à proximité du pôle Nutrition Santé Longévité d'Eurasanté.

« Mais là encore, tempère Dominique Boudin, de la CRCI, on peut se demander ce qui les attire chez nous. Est-ce le pôle de compétitivité ? Est-ce la proximité des universités Lille I et Lille II ?... Ou est-ce le prix encore accessible des terrains dans la région ? » Un prix qui pourrait augmenter si le charbon du Nord continue à se transformer en or.

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – 21 avril 2008

  

Comment je me suis fait recruter comme chef de projet à Lille

A 35 ans, Olivier Barre a choisi d'opérer un virage dans sa carrière. Cet ancien contrôleur de gestion de Bouygues a désormais en charge le développement des modes de transports « doux », tels que le vélo, sur la métropole lilloise. Il raconte son embauche à Transpole.

Son parcours était jusque-là tout tracé. Diplômé de Sup de Co à Bordeaux, des débuts comme contrôleur de gestion au sein de Bouygues, un an de volontariat international en entreprise à Moscou, quatre ans à Londres au siège de la société SC Johnson, qui développe les marques de grande consommation Brise, Canard WC et autre Pliz... Puis un retour en France, à Paris, pour cinq ans de marketing dans l'une des filiales de l'entreprise. « J'ai eu un début de carrière tout à fait normal pour un étudiant de Sup de Co », reconnaît Olivier Barre. Jusqu'à aujourd'hui. Depuis novembre, l'ancien contrôleur de gestion est chef de projet pour Transpole, la société chargée du transport urbain de la métropole lilloise. Il développe l'utilisation des modes de transports « doux », tels que le vélo, sur l'ensemble de l'agglomération.

Recherche de sens

« J'ai ressenti le besoin de changer de type d'activités, explique Olivier. Je voulais rester dans le business, mais j'avais besoin de trouver un secteur dans lequel je trouvais plus de sens. » A 35 ans, il entame un bilan de compétences pour faire le point sur sa carrière. « Ce n'est pas toujours évident de définir ses acquis, de voir ce qu'on peut apporter de différent quand on a une vie professionnelle déjà bien marquée. » Surtout que l'expérience du changement de cap peut s'avérer risquée : « C'est un pari qu'on se lance, mais ça reste un choix relativement réfléchi, relativise Olivier Barre. Pour bien me préparer, j'ai rencontré, via les réseaux d'anciens de mon école, plusieurs personnes qui avait effectué des virages similaires. »

C'est par le réseau, justement, qu'il décroche un premier entretien à Kéolis, maison mère de Transpole. « J'ai pu faire passer mon CV, analyse Olivier. Ensuite, j'ai obtenu un entretien en appelant plusieurs fois. L'annonce du poste que j'occupe a été publiée au même moment sur Cadremploi.fr, ce qui m'a permis d'orienter le rendez-vous. » Travailler dans le Nord-Pas-de-Calais, Olivier Barre avoue n'y avoir pas pensé à priori. « Mais ça ne m'a pas gêné, car ma femme est originaire de la région. Et puis, notre objectif était de quitter la région parisienne. Je visais les grandes villes bien desservies en TGV. Lille, c'était donc très bien. »

Dynamisme des emplois en région lilloise

Et les quelques mois d'hiver dans le Nord n'auront pas rebuté ce natif de l'Aveyron. « En 15 minutes à pied, je suis au travail et en deux heures de train, je suis à Paris. C'est quand même un luxe. » Le nouveau chantre de la bicyclette remarque même qu'un passage par les corons peut permettre de donner un grand coup de pédale à une carrière : « Le dynamisme de la région en terme d'emploi est vraiment perceptible. Et avec la proximité de la capitale, on sent qu'aujourd'hui, travailler à Lille, ce n'est plus du tout s'enterrer professionnellement. Au contraire. » Tous en selle ?

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – 21 avril 2008

 

Pourquoi je bosse dans une PME à Roubaix

Anne-Sophie Jourdan est, à tout juste 28 ans, directrice de Cuisine AZ, l'un des trois sites de cuisine les plus populaires en France. Sa carrière fulgurante, elle la doit à la politique de management pas banale de la PME pour laquelle elle travaille. Où le PDG déclare vouloir mettre du ciel bleu au dessus de ses managers…

Elle rigole quand elle pense à ses débuts. « Avant d'entrée à Oxygem, j'avais juste fait un remplacement maternité dans la fonction publique, au pôle multimédia de l'antenne du CNED à Lille. Rien à voir avec ce que je vis aujourd'hui ! » Anne-Sophie Jourdan vient de fêter ses 28 ans. Mais ne vous fiez pas à son jeune âge : depuis six mois, elle est responsable de Cuisine AZ, l'une des entreprises les plus dynamiques de la société de développement de média en ligne Oxygem. « Je suis arrivée ici il y a trois ans, en tant que chef de projet pour Cuisine AZ... Jamais je n'aurais cru évoluer si vite. »

Une PME pleine de promesse tenue

Et pour cause. Diplômée en lettres, puis en histoire, la jeune femme avait un temps envisagé l'agrégation. « Mais très vite, je me suis rendue compte que ce n'était pas mon truc. J'ai repris un DESS de gestion multimédia et voilà ! » Après avoir reçu une newsletter de Cuisine AZ, Anne-Sophie envoie, au hasard, un CV. Et décroche un entretien. « On ne m'a pas du tout jugée sur mon inexpérience. Au contraire même ! Ce n'est pas l'esprit d'Oxygem ! »

L'esprit d'Oxygem ? Une politique de management basée sur la confiance. Les dix sites que développe la société lilloise ont une totale autonomie. Le mot d'ordre du grand chef : « Chaque patron doit avoir une paix royale et du ciel bleu au dessus de la tête : ainsi, il n’est pas pollué par des procédures internes au groupe et peut se concentrer à 200% sur son propre business. Et réussir. Et faire réussir son équipe. »

La confiance entraîne la confiance

Une philosophie qui convient parfaitement à la jeune « patronne » : « Pour Cuisine AZ, je gère mon budget, mon équipe, mes projets de développement. Si j'ai un souci, je peux évidemment en parler à Didier [NDLR : Didier Colombier, directeur d'Oxygem], mais je suis seule maître à bord ! »

Loin d'effrayer Anne-Sophie, cette autonomie lui donne des ailes : « Faire confiance donne confiance, reconnaît-elle. Et pour moi qui ai connu le principe de la photocopie en trois exemplaires, j'apprécie vraiment cette liberté d'entreprendre. » La recette porte ses fruits : avec 20 millions de pages vues et près de deux millions d'abonnés à la newsletter, Cuisine AZ s'est hissée au Top 3 des sites de recettes de cuisine. « Quand j'ai été recrutée, nous étions trois dans l'équipe. Aujourd'hui, nous sommes neuf... et bientôt onze. »

Mixité des équipes

Car en matière d'embauche, c'est aussi à la jeune directrice de gérer. Et peu importe si ses salariés la dépasse en expérience : « Au contraire, j'aime bien avoir un regard plus mur à mes côtés. Les séniors transmettent aux plus jeunes ce que je ne peux pas encore leur apporter. C'est ça le travail d'équipe ! » Et avec une moyenne d'âge de 28 ans, pas question pour les salariés de stagner dans leur compétences. « L'objectif, c'est que tout le monde, un jour ou l'autre, devienne patron. »

Utopique, dans une entreprise au turn-over quasi inexistant ? Pas tant que ça... « Oxygem développe sans cesse de nouveaux sites et de nouveaux projets, défend Anne-Sophie. Ceux qui montrent l'envie de s'investir pourront y trouver leur place. » Et de rire à nouveau : « Quant à moi, pas question de bouger tout de suite : j'ai encore un gros gâteau à savourer ! »

Tiphaine Réto © Cadremploi.fr – avril 2008