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20 mai 2007

La maison Guerlain, fenêtre sur le lac de Grand Lieu

Le repos de chasse du célèbre parfumeur a été vendu à l'État en 1999. Aujourd'hui, le projet de réhabilitation de la maison est en marche pour en faire un site d'observation d'une réserve ultra-protégée.

 

L'ombre d'un oiseau s'éteint doucement dans le froissement d'un envol. « Ici, c'est un peu comme une espèce de sanctuaire du monde originel. » Patrice Boret se lève du rebord de la loggia, au premier étage de la maison Guerlain. Salarié de la Société nationale de protection de la nature (SNPN), il a en charge la gestion de la réserve naturelle de Grand Lieu. « D'ici, on a une vue extraordinaire sur la roselière boisée. » À quelques petites centaines de mètres s'étend une forêt de saules inondée. « C'est ça, la roselière. » Un site exceptionnel, où viennent nicher une cinquantaine d'espèces d'oiseaux. Un trésor totalement inaccessible au simple promeneur. Tout comme le reste de la réserve naturelle de Grand Lieu.

Concert de batraciens au pied de la façade. « En ouvrant la maison Guerlain, les gens pourront, eux aussi, profiter un peu de cette féerie », reprend le conservateur de la réserve. Ouvrir la maison Guerlain ? Depuis qu'en 1999, la veuve du célèbre parfumeur a vendu à l'État le repos de chasse de son mari, le projet a souvent été évoqué. Mais a toujours périclité. « Ce coup-ci, nous sommes sur la bonne voie », promet Patrice Boret. Et il n'est pas seul à y croire. Depuis plusieurs mois, déjà, le conseil général et le Conservatoire du littoral réfléchissent à la réhabilitation du lieu. Un comité de pilotage, constitué de tous les acteurs du lac, s'est penché sur une première étude de faisabilité du projet. « C'est là que nous avons fait un grand pas, affirme Françoise Verchère, vice-présidente du conseil général, déléguée à la qualité de l'environnement et à la protection de la nature. Parce que cette étude a convaincu beaucoup de monde. »

« Un endroit qui se mérite »

Un fin rideau de pluie drape le canal Guerlain, longue fuite d'eau reliant la maison aux zones lacustres. « L'idée est de faire de la maison un lieu d'observation et de communication, détaille Patrice Boret. Une fenêtre supplémentaire ouverte sur le lac. » D'autres points d'observation sont déjà répartis autour du lac, mais l'originalité de la maison Guerlain tiendrait en sa qualité explicative. « Chez nous, le lac est un mystère qui nourrit notre culture, développe Marie-France Burgaud, maire de Bouaye. Mais il faut pouvoir expliquer pourquoi il doit être autant protégé pour continuer à le préserver. »

À l'intérieur de la maison, l'obscurité devient plus dense dans les chambres humides et vides. Patrice Boret imagine déjà ce que pourrait être le futur de la bâtisse. « On pourrait installer des caméras sur le lac pour montrer aux gens ce qui se passe au coeur de la réserve. Ce serait un bon moyen de les sensibiliser à la fragilité des lieux. » Françoise Verchère, elle, réfléchit en termes de pédagogie : « L'espace de la maison est trop étroit pour accueillir des classes. Nous devrons donc aussi réaménager les locaux de l'ancienne DDE pour installer des ateliers pédagogiques. » C'est là, également, que devraient être aménagés les parkings. « Il faudra cheminer à pied pour arriver à la maison, reprend la vice-présidente du Conseil général. C'est un endroit qui se mérite. »

À l'heure actuelle, le coût du projet est estimé à 2, 5 millions d'euros, un financement partagé entre le Conseil général et le Conservatoire du littoral. Et personne ne s'attend à ce que la maison n'ouvre ses portes avant deux bonnes années d'études et de travaux. Alors, il faudra adapter les allées et venues du public pour conserver au mieux un écrin de nature.

Tiphaine RÉTO.