10 décembre 2007

Métiers pénibles, retraites souvent écourtées

À l'heure où les régimes spéciaux, assis sur la difficulté de certains métiers, sont remis en cause, la réflexion sur la pénibilité au travail peine à avancer. 

 Les caissières sont devenues des hôtesses de caisse, les ouvriers des opérateurs et le balayeur un technicien de surface. Les mots ont changé. Les métiers aussi, parfois. Devenant, pour certains, plus physique, plus stressant, plus éprouvant. Alors, la question se pose : qu'est-ce qu'un métier pénible ?

Après deux ans de négociations sur la question, syndicat et patronat peinent toujours à se mettre d'accord sur la définition. Une nouvelle rencontre a lieu demain au siège du patronat. Le débat a été entamé en compensation de la loi Fillon 2003 sur la réforme des retraites. Tandis que celle-ci durcit les conditions de départ, le gouvernement cherche à mieux prendre en compte le cas particulier des salariés usés à la tâche.

Seul critère reconnu : l'espérance de vie

Les troubles musculo-squelettiques, par exemple, représentent déjà près de 70 % des maladies professionnelles reconnues. Mais ils ne sont pas les seuls. Horaires de nuit ou à rallonge, port de charges lourdes, postures fatigantes, exposition à des produits chimiques, aux intempéries, au froid, au chaud, au bruit... Les motifs d'épuisement ne manquent pas. Pourtant, aucun n'a, pour l'instant, fait l'objet d'un consensus. Seul critère reconnu : l'espérance de vie. Celle des ouvriers est réduite de cinq ans par rapport aux cadres. Leurs retraites sont donc écourtées.

Mais les récents suicides des salariés du Technocentre de Renault, à Guyancourt, viennent aujourd'hui rappeler que cette seule référence ne suffit pas. Stress, cadence soutenue, responsabilité accrue... L'évolution du monde de l'entreprise a changé la donne. D'une manière générale, 55 % des salariés estiment, aujourd'hui, que leurs conditions de travail se sont dégradées. À ce rythme-là, il risque de n'y avoir plus grand-chose à gagner à travailler plus.

 

Tiphaine RÉTO.

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28 novembre 2007

Un client amusé est un client séduit

La publicité s'empare d'Internet et attire le consommateur avec de vrais petits films très distrayants. Exemple avec les rasoirs Wilkinson.

Quel est le rapport entre une couche sale, un rasoir jetable et un coup de maître en marketing ? Fight for Kisses. La nouvelle campagne de publicité des lames anglaises Wilkinson. Un film d'animation 3D (d'environ deux minutes, sur www.ffk-wilkinson.com) et un jeu vidéo internet où papa et bébé se disputent les bisous de maman à coups de doudous volés. Des petits bijoux d'ingéniosité qui enregistrent, depuis leur mise en ligne, le 10 septembre, un franc succès sur la toile.

« On en est à cinq millions et demi de visites sur le site, comptabilisait, en octobre, Stéphane Rosen, responsable du projet chez Wilkinson France. Et deux millions de visionnage sur Dailymotion et Youtube, les deux sites de partage internet. » Aujourd'hui, Wilkinson annonce avoir franchi le cap des dix millions de visiteurs.

La réussite est simple : jouer l'humour et l'innovation. « L'objectif est de donner aux gens l'envie de passer du temps avec le produit et de s'amuser avec la marque», explique Chloé Larmurier, de l'agence de pub JWT, en charge de la création de Fight For Kisses. Quoi de mieux alors, que les possibilités sans fin d'Internet ?

Finie, la « réclame »

« Aujourd'hui, la publicité n'est plus dans une logique de vente, mais dans une logique de divertissement », commente Olivier Sebag, directeur de JWT. Une logique qui répond aux changements de comportement du consommateur. Zappeur invétéré et fin connaisseur des ficelles du marketing, ce dernier est de plus en plus difficile à retenir par une simple « réclame ». « Il faut donc changer l'image de la publicité, reprend Olivier Sebag. Ce ne doit plus être un programme qui interrompt, mais un programme qui intéresse. Et pour ça, Internet est le média parfait, car il est participatif. »

Si la campagne plaît, les consommateurs, peu à peu, font partager leur coup de coeur à d'autres. Les effets ne se font pas ressentir aussitôt sur la vente, « mais on crée une complicité avec la marque bien plus intéressante qu'une simple hausse du chiffre d'affaires. »

Les marques l'ont bien compris. Wilkinson, mais aussi Renault, Coca ou Mir... Tout se décline désormais en ligne. Et pour cause, puisque le marché a de l'avenir : « Il y a trente millions d'internautes en France, calcule Christophe da Silva, consultant en stratégie marketing. Dix-sept millions d'entre eux font des achats sur le web. » Pas étonnant que la publicité y tisse sa toile.

 

Tiphaine RÉTO.

 

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19 novembre 2007

Le sourire retrouvé des rescapés du Rwanda

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Malgré les traumatismes, les rescapés du Rwanda peuvent maintenant étudier et se résinsérer. Psychothérapeute à Ancenis (Loire Atlantique), Amélie  Schafer a créé, sur les terres de sa famille, une association pour recréer des liens de solidarité entre rescapés du génocide de 1994.

 

RWAMAGANA (de notre envoyée spéciale). - Aujourd'hui, c'est jour de rentrée au centre de formation Subiriseke. Les bâtiments de briques claires chauffent déjà au soleil de ce début de matinée. Sous les toits de tôle, on reprend doucement le rythme des formations. Dans l'atelier, les copeaux de bois blancs commencent à s'accumuler dans la pénombre. Sept jeunes, âgés de 15 à 20 ans, manient scie et rabot avec attention. Amélie Schafer s'amuse : « Tout le monde n'est pas là, parce qu'ici, les jours de reprise, c'est grand ménage... Certains préfèrent éviter ça. » Elle continue la visite. « De l'autre côté de la cour, c'est la classe de couture avec 23 élèves. C'est moins que les années passées : les frais de fonctionnement sont trop difficiles à assumer. »

Amélie Schafer, 46 ans, est psychothérapeute à Ancenis (Loire-Atlantique) depuis bientôt sept ans. Mais c'est sur les collines de Rwamagana - une petite ville à l'est de Kigali - qu'elle est née et a grandi. « La maison, juste là, c'est celle de ma famille. » Au pied de la bâtisse, quelques tombes cernées de fleurs. L'association Subiriseke a été fondée en 1995. Au lendemain du génocide. Absente du Rwanda à cette époque, elle y est revenue pour aider les siens. « Le but était surtout d'offrir un soutien moral en permettant aux veuves et aux orphelins de sortir de la solitude et de se retrouver pour des activités communes. »

Redevenir des êtres humains 

Une vieille femme au visage creusé de rides vient saluer la fille du pays. Elle se souvient de ce commencement : « On se retrouvait toutes dans le champ et on pleurait. On pleurait et on se lamentait, jusqu'à ce que des rires reviennent au milieu des larmes. Et qu'on se sente redevenir des êtres humains. » C'est le sens et l'essence de l'association. « Subiriseke, explique Amélie. En kinyarwanda, cela signifie « retrouve le sourire. »

Le sourire et l'énergie. Aujourd'hui, l'association s'est consolidée et agrandie. En 2004, le centre de formation et d'accompagnement de Subiriseke ouvrait ses portes. Vannerie, menuiserie, couture... Alors que les rescapés du génocide restent les plus frappés par le chômage dans un pays qui ne les attend plus pour se reconstruire, l'association tente de jouer la carte de la professionnalisation.

C'est ce qu'attendait Clarisse pour retrouver le goût de la vie. À 26 ans, la jeune femme ne doute pas d'avoir, enfin, le droit à un avenir. « J'avais fini mes études primaires avant les événements, raconte-t-elle. Ensuite, je suis restée chez moi, sans rien faire. Je ne savais pas que je pouvais encore apprendre un métier. » Et bien plus. « Ici, on oublie le passé. On arrive à parler et à rire avec les autres. On se sent moins seuls parce qu'on partage les mêmes douleurs. Ici, on devient comme tout le monde. »

Difficultés sociales et financières 

Comme tout le monde ou presque. Le centre s'est mis au diapason de la politique de réconciliation nationale engagée par le gouvernement rwandais. Les formations sont ouvertes à tous les orphelins de la région, y compris aux enfants de génocidaires. « Mais on voit bien que les rescapés sont un peu à part, observe Sylvine, secrétaire comptable de l'association. Ce sont des jeunes plus tristes, plus renfermés. Avec des problèmes plus complexes. »

Au traumatisme psychologique s'ajoutent presque toujours les difficultés sociales et financières. En milieu d'année, Jocelyne avait arrêté de marcher 20 km par jour pour venir suivre ses cours de couture.

Comme pour tous les rescapés, les frais de scolarité de 5 000 francs rwandais (7 euros) lui sont payés par l'association. Mais impossible pour elle de trouver l'argent nécessaire à l'achat de son uniforme bleu. En puisant dans ses réserves, Subiriseke lui a fourni la chemise obligatoire. « Au Rwanda, la tradition veut qu'en cas de problèmes financiers, on puisse demander de l'aide à un proche, raconte Amélie Schafer. Mais, pour ces jeunes, il n'y a plus ni parents ni famille pour les soutenir matériellement. »

L'association pallie souvent le déficit. « Pour chaque élève, la formation coûte entre 50 000 et 65 000 francs rwandais, calcule Jean Bosco, le trésorier de l'association. Entre 70 et 90 euros. Plus qu'un salaire moyen, ici. » Malgré la vente des réalisations des étudiants sur les marchés de la région, l'association doit se contenter du minimum pour ses formations. Pas de machines pour la menuiserie. Pas d'électricité non plus, pour les faire fonctionner. « Dès le départ, nous ne voulions pas nous focaliser sur l'argent mais sur le lien humain, reprend Amélie. Quand on a créé un lien solide, on peut chercher une aide matérielle. »

C'est en France que cette quête financière se fait. « J'ai créé une seconde branche de l'association, dans mon autre ville, à Ancenis, poursuit Amélie. Histoire de faire connaître notre travail là-bas. Histoire, aussi, de faire en sorte que notre histoire ne s'oublie pas. »

Tiphaine RÉTO.

 

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31 octobre 2007

Ainsi "fonds", "fonds", "fonds"... les cliniques privées

Médecins actionnaires vieillissants, établissements trop coûteux... Les cliniques privées intéressent les fonds d'investissement étrangers. 

 

Et si votre appendicite était rentable ? L'idée vous amuse... et pourtant ! C'est le pari lancé par des grands groupes de santé qui, peu à peu, rachètent les cliniques privées de France. L'Ouest ne fait pas exception. À Nantes, c'est la polyclinique de l'Atlantique, acquise en juin par Vedici. À Caen, c'est le centre hospitalier privé Saint Martin, détenu par la Générale de Santé. Des mastodontes gestionnaires qui investissent un secteur en pleine mutation.

La Clinique du Ter, de Lorient, a été rachetée en septembre par Vitalia. De taille moyenne, l'établissement avait du mal à tourner en solo : « Du fait des évolutions de matériel, notamment, explique son directeur général, Bernard le Meur, les coûts de fonctionnement d'une clinique sont considérablement plus élevés aujourd'hui. » L'appartenance a un grand groupe permet de mutualiser tant les moyens que les besoins.

« Qui est assez fou pour investir ? »

Autres soucis : trouver des successeurs : « Avec le système traditionnel, reprend le directeur, quand un chirurgien quittait l'établissement, il devait revendre ses parts à un jeune praticien... Mais qui est assez fou aujourd'hui pour investir dans des actions qui ne valent plus rien ? »

Réponse : les grands groupes de santé. « Notre stratégie de réseaux, détaille le docteur Christian Le Dorze, président et fondateur de Vitalia, permet d'organiser, en compagnie des médecins et des plateaux techniques, une prise en charge globale des patients. »

Et d'apporter l'argent nécessaire à ces restructurations. Car derrière ces groupes sont présents des fonds d'investissements, quasiment tous étrangers. « Avant de dire que nous sommes soutenus par des étrangers, précisez d'abord qu'aucun fonds d'investissements français n'a voulu nous suivre », s'insurge l'ancien cardiologue. Le capital de sa société est détenu à 35 % par le célèbre fonds américain Blackstone. Chez Vedici, c'est l'international Apax qui tient les cordons de la bourse.

3, 5 % d'économies immédiates

Quel intérêt pour ces organismes plutôt habitués au CAC 40 qu'aux salles d'attentes ? « Notre métier est d'apporter des capitaux, tranche Jean-Baptiste Mortier, directeur général de Vitalia et managing director chez Blackstone. Le secteur de la santé en a besoin. Nous sommes donc les mieux placés pour l'aider. » Et de détailler : « Investir 2 millions d'euros dans un accélérateur de particules, c'est une opération peu rentable pour un cardiologue de 50 ans. Il ne pratiquera plus assez pour rentabiliser l'achat. Nous, puisque nous investissons pour la clinique, nous savons d'emblée que nous rentrerons dans nos frais. »

Plus mathématiquement, les groupes jouent sur les réseaux pour mettre en commun les dépenses et réaliser des économies immédiates allant jusqu'à 3,5 %. « Il y a quand même peu de marchés qui vous permettent d'obtenir ce type de rentabilité ! », poursuit Jean-Baptiste Mortier. D'autant plus que l'investissement s'annonce durable. « On vit de plus en plus vieux, on est de plus en plus malades. Et partout dans le monde, on se tourne de plus en plus vers les hôpitaux privés. »

Tiphaine RÉTO.

ECLAIRAGE 1. Interview de Jean-Loup Durousset, président de la Fédération de l'hospitalisation privée.

Les indépendants restent acteurs principaux

Jean-Loup Durousset, comment les groupes d'investissement se sont-ils intéressés à l'hospitalisation privée ?

Tout a commencé par le regroupement de petits établissements de santé. Ceux-ci se sont unis pour répondre à des problèmes fonciers ou économiques. Mais à force de se concentrer, les cliniques ont atteint des prix considérables. Impossible pour un médecin d'engager de telles sommes avec ses honoraires. Ce sont donc les cliniques elles-mêmes qui sont allées chercher de nouveaux repreneurs. Or, le secteur santé privé français est le plus grand d'Europe. Normal qu'il ait attiré immédiatement des fonds d'investissement.

En quoi ont-ils changé le secteur du privé français ?

Ils ont fait évoluer la vision que les gestionnaires avaient de leurs établissements. Autrefois, on regardait avant tout le fonctionnement local de sa clinique. Aujourd'hui, face à ses groupes nationaux, on est obligé de s'interroger sur des réalités nationales. Par ailleurs, ils nous ont permis de nous poser la question du positionnement du financier, du gestionnaire et du médical. La bête à trois pattes, essentielle pour l'équilibre et le fonctionnement d'un établissement.

Sont-ils une menace pour les cliniques indépendantes ?

Vitalia est le deuxième groupe sur le marché du privé français. Pourtant, il ne représente que 45 cliniques sur les 1 200 établissements de notre secteur. On parle beaucoup de leurs acquisitions, mais il s'est échangé, cette année, autant de cliniques entre établissements indépendants. Par ailleurs, se forment dans les régions de grands ensembles d'actionnariat de médecins qui s'associent pour le rachat de cliniques (NDLR : c'est le cas en Bretagne, avec les Cliniques privées associées, présentes à Brest, Saint-Malo et Saint-Grégoire, près de Rennes). Les indépendants restent encore les acteurs principaux de la cliniques privée française.

Cela signifie-t-il la fin des petites cliniques privées ?

Non. Face aux grands ensembles d'hôpitaux publics apparaîtront de grands ensembles de cliniques privées. Et, ça et là, émergeront de petits établissements spécialisés dans l'hospitalisation à domicile, la chirurgie ambulatoire ou les soins de suite... Ceux-là offriront de nouvelles opportunités d'investir pour de jeunes praticiens.

 

ECLAIRAGE 2.

Trois types d'établissement de santé

Les établissements publics. Ils représentent près de 65 % de l'ensemble des lits d'hospitalisation. Personnes morales de droit public, ils sont dotés de l'autonomie administrative et financière. Communaux, intercommunaux ou régionaux, ils sont dirigés par un conseil d'administration et par un directeur nommé par le ministère de la Santé.

Les établissements privés ou c liniques. Ils appartiennent à un ou plusieurs médecins actionnaires. Chaque année, les cliniques privées réalisent 60 % des interventions chirurgicales et 40 % des traitements anticancéreux.

Les établissements privés à but non lucratifs. Créés par des mutuelles, des associations, des congrégations religieuses ou des fondations privées, ils participent au service public hospitalier, mais assument une gestion indépendante, à la manière du privé. Une troisième voix méconnue, qui représente pourtant 856 établissements

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12 octobre 2007

Les prix s'emballent, la polémique cavale...

Après Bonduelle et Lactalis, c'est au tour de Danone d'annoncer une hausse sans précédent de ses tarifs au distributeur.

Mettre du beurre dans les épinards pourrait devenir le symbole même du luxe. 10 % pour les petits pois de Bonduelle, 15 à 17 % pour les fromages de Lactalis, 10 % pour les yaourts de Danone... Produits après produits, groupes après groupes, les industries de l'agroalimentaire annoncent l'augmentation de leurs tarifs. En cause, « la hausse brutale et sans précédent des prix des matières premières », se justifie Danone.

Le riz et les pâtes pourraient augmenter de 20 %.

Sécheresse en Australie, pluie en France, boom des biocarburants ou élévation du pouvoir d'achat dans les pays en voie de développement... Les raisons sont multiples. Mais la conséquence est partout la même : « Depuis le 1er octobre, nous payons 20 % de plus le lait que nous achetons au producteur, explique Michel Léonard, président du directoire de Lactalis, dans un entretien accordé aux Échos. Et une nouvelle hausse est attendue en début d'année prochaine. »

Depuis un an, l'inflation des prix dans l'industrie agroalimentaire aurait déjà doublé. Et ne devrait pas s'arrêter là : « C'est du délire, s'énerve Michel Édouard Leclerc, PDG des centres de distribution du même nom. Certains produits, comme le riz et les pâtes pourraient augmenter de 15 à 20 % dans l'année. » Et pas question d'approuver les arguments des industriels : « Les matières premières ont bon dos, alors que Danone a annoncé qu'il souhaitait une augmentation à deux chiffres de son résultat. »

Négocier les conditions d'achat

Et le résultat dans le chariot, lui, qu'en est-il ? « Pour l'instant, on a fait ce qu'on a pu pour réguler la hausse, affirme Serge Papin, PDG de Système U. Mais là, ça va devenir difficile d'agir si on ne nous en donne pas les moyens. »

Entendez par là, la réforme de la loi Galland, qui régit, depuis 1996, les rapports entre fournisseurs et distributeurs. « Si on veut faire notre travail de commerçant, on doit pouvoir négocier librement les conditions d'achat, s'exclame Serge Papin. Il faut mettre un terme à cette exception française qui laisse les industriels passer les hausses qu'ils veulent sans avoir à se justifier. »

Même avis pour Michel-Edouard Leclerc, qui juge la réforme « salutaire » pour le consommateur : « On veut bien réduire nos marges, mais ça ne ferait baisser les prix que d'à peine 1 %. » Et d'en appeler directement au Président pour accélérer les négociations.

Et mieux partager le fromage...

Tiphaine RETO.

01 octobre 2007

Casino : Barrière parie sur le jeu en ligne

La France doit répondre aux critiques de Bruxelles sur le monopole des paris sportifs. Les casinos espèrent une brèche pour se lancer sur le marché.
Les jeux sont faits... Ou tout comme ! Alors que le ministre du Budget, Éric Woerth, annonçait, lundi dernier, ne pas être « hostile à une ouverture » du monopole sur les paris sportifs sur Internet, les « casinotiers » abattent leurs cartes. « Il a ouvert une porte. Comptez sur moi pour mettre le pied dedans », a annoncé Dominique Desseigne, président du conseil de surveillance du groupe Lucien Barrière.

Et pour cause ! Le numéro un des exploitants de casinos français a profité du Salon international du tourisme de Deauville, Top Résa, pour dévoiler un ambitieux programme de jeux en ligne. Dès le premier trimestre 2008, Lucien Barrière compte ouvrir un site de jeux en trois dimensions pour les amoureux de la roulette et du baccara. En France, où les jeux de hasard sur Internet restent prohibés, le site sera non lucratif... en attendant de s'engouffrer dans la brèche du site marchand, si le gouvernement en donne l'accord un jour.

Sortir d'un contexte morose 

« Nous comptons beaucoup sur la Commission européenne pour faire bouger les choses, précise Dominique Desseigne. Nous n'avons aucune certitude, mais beaucoup d'espoir. » Depuis 1891, une loi française établit le monopole de l'État sur les paris hippiques. Une hérésie pour Bruxelles, qui crie à l'entrave à la libre concurrence. La France a jusqu'à fin octobre pour répondre à ses critiques.

Et Bercy ne cache pas que, après les paris sportifs, le dossier des casinos en ligne devrait être rapidement sur le tapis.

Une occasion en or pour un secteur en berne. Depuis novembre 2006, la mise en place des contrôles d'identités des joueurs a rendu la vie dure aux casinos et à leurs chiffres d'affaires. Une baisse de 3 à 4 % de l'activité se serait fait ressentir chez Barrière. « Il faut donc trouver des relais de croissance avec Internet », estime Dominique Desseigne. Le pari est risqué. Perdre des clients au tapis ou en gagner sur la toile... C'est quitte ou double.

Tiphaine RÉTO.

29 septembre 2007

Les franchises, une solution pour la Sécu ?

Face à face. Responsabilisation des patients ou atteinte à l'égalité des soins ? C'est le débat provoqué par le projet de franchise médicale (0,50 € par boîte de médicaments).
Les Français se rebiffent contre les franchises. Un collectif réunissant professionnels de santé, partis politiques, syndicats et associations organisent aujourd'hui des rassemblements dans une cinquantaine de villes. L'objectif ? Faire entendre leurs voix contre l'effort « de solidarité », annoncé, fin juillet, par le président de la République.

La mesure devrait entrer en vigueur dès janvier 2008. Pour faire face au déficit de 12,7 milliards d'euros de l'assurance-maladie, la Sécurité sociale devrait diminuer certains de ses remboursements : 50 centimes prélevés par boîte de médicaments et par acte paramédical et 2 € retenus sur les transports en ambulance. Le tout ne devrait pas dépasser les 50 € par personne et par an. Et permettra d'engranger 850 millions d'euros.

Pourtant, 70 % des Français restent opposés à cette mesure, craignant, notamment un déséquilibre dans l'accès aux soins. Pour faire passer la pilule, le gouvernement a déjà annoncé que la somme servirait au plan Alzheimer et à la lutte contre le cancer.

INTERVIEW 1 : Guy Vallancien, professeur à l'université René Descartes Paris 5, président du cercle santé société.

"La santé, c'est aussi des devoirs" 

Guy Vallancien, en quoi pensez-vous que le système de franchises médicales est une bonne chose ?

Nous sommes dans un système sanitaire qui a totalement déresponsabilisé tous ses acteurs. Il est temps que les caisses d'assurance-maladie sachent pour quoi elles paient, que les médecins ne se mettent à prescrire que le nécessaire... et que les malades passent du statut de simples patients à celui de consommateurs actifs. La plupart des gens veulent être sensibilisés et participer à leur diagnostic, mais ne veulent pas payer la facture. Il faut arriver à un système de franchise suffisant pour que le patient ait le réflexe de se dire : « C'est cher docteur, faut-il vraiment que je le prenne ? »

Mais n'y a-t-il pas, justement, un risque d'inégalité face aux soins ?

En France, les ménages dépensent 3 % de leurs revenus pour la santé... et 17 % pour le téléphone ! Même dans les familles les plus modestes, des gens peuvent dépenser 20 ? par mois pour leur téléphone. Et personne ne pourrait mettre 50 ? par an pour sa santé ? C'est bien la preuve qu'on a totalement sorti la santé de la responsabilité des Français. En plus, tous les malades en Couverture médicale universelle (CMU) et en Aide médicale d'État (AME) seront exonérés de cette franchise. De même que les femmes enceintes et les enfants de moins de 16 ans. En France, nous avons une très belle chose : c'est la Sécurité sociale. Un système qui fait que les riches paient pour les pauvres.

S'il faut responsabiliser tout le monde, pourquoi les patients doivent-ils payer ?

Pour les médecins d'autres méthodes vont être mises en place avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Il faudra moins de médecins, mieux formés, mieux répartis et plus aidés par des assistants médicaux. La franchise ne va pas boucher à elle seule le trou de la Sécu, mais il faut arrêter de penser que ce trou est inéluctable ! Et pour ça, la première chose à faire, c'est d'introduire beaucoup de pédagogie. Qu'on apprenne aux Français que la santé n'est pas un droit... Mais une somme de devoirs.

 

Recueilli par Tiphaine RÉTO.

 

INTERVIEW 2 : Michel Régereau, président de la Caisse nationale des assurances maladies et de l'Union des caisses d'assurance maladie

"Faire payer le patient ne marche pas"

Michel Régereau, vous avez comparé les franchises médicales à de « simples rustines ». Que vouliez-vous dire ?

À chaque fois que l'on évoque les problèmes des comptes de la Sécurité sociale, les gouvernements, quels qu'ils soient, inventent des franchises, soi-disant pour « responsabiliser » les gens. En réalité, tout le monde sait que c'est pour combler le déficit de la Sécu. Or, on finit cette année 2007 avec 7 milliards de déficit. Les franchises ne doivent rapporter que 800 millions d'euros. On voit bien que ce n'est que du bricolage. Un bricolage qui permet de cacher la vraie question qui est celle de l'organisation du système.

Mais cette « responsabilisation » des patients ne permettrait-elle pas cette réorganisation ?

Quelle responsabilisation ? L'expérience montre bien que ça ne marche pas de faire payer le patient. Le ticket modérateur n'a jamais responsabilisé. Pas plus que le forfait journalier pour l'hôpital ou l'euro prélevé à chaque consultation. Et cette franchise-là s'annonce encore pire ! Ce sont les malades qui paient pour les malades. Où se trouve le système de mutualisation, là-dedans ? On n'est pas malade par plaisir. Ce sont avec les professionnels de santé qu'il faut travailler. Notamment sur la prescription des médicaments. La France est le plus gros consommateur en Europe. On voit le médicament comme un produit magique, et non comme un produit chimique. Et on considère que, parce qu'on paie le médecin, on doit recevoir, en échange, des médicaments.

Que préconisez-vous ?

Il faut commencer par aller au bout de la dernière réforme du système de santé. Notamment, avec la mise en place du dossier de suivi personnel. Cela évitera la double médication, qui, par ailleurs, peut s'avérer dangereuse. Il faut aussi que les médecins aient une vraie formation en pharmacopée. Une formation qui ne soit pas réalisée, comme à l'heure actuelle, par les laboratoires pharmaceutiques. Par ailleurs, il va vraiment falloir réorganiser l'articulation médecin-hôpital.

 

Recueilli par Tiphaine RETO.

 

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22 septembre 2007

Avec le Pay as you drive, l'assurance auto en route pour le sur-mesure

Dans un marché saturé, les assureurs rivalisent pour fidéliser leurs clients, en utilisant des tarifs auto attractifs en guise de carotte.
La facture à l'usage. C'est le dernier concept de l'assurance automobile. Le principe est simple : une boîte noire embarquée dans votre véhicule enregistre toutes les informations sur le nombre de kilomètres parcourus, l'heure des déplacements, les directions prises... afin de calculer sur-mesure votre facture d'assurance auto. Déjà en vigueur au Royaume-Uni et en Italie, le Pay as you drive (payez comme vous conduisez) doit être testé ce mois-ci par Axa.

Le contrat auto : un produit d'appel

Une nouvelle offensive sur un marché de l'assurance voiture, toujours en pleine innovation marketing. Et toujours à l'affût des comportements du conducteur pour s'adapter à ses besoins et ses envies. C'est la Maaf et MMA qui lancent ainsi des « bonus à vie », offrant aux bons conducteurs de garder définitivement leur bonus de 50 %. C'est la Macif qui, observant le comportement des jeunes au volant, supprime la surtaxe des jeunes conductrices, moins accidentées que leurs camarades masculins... « Nous sommes sur un marché totalement saturé, explique Didier Bourdonnais, directeur marketing et communication de la Maaf. Si nous voulons conserver et accroître notre part de marché, il faut être toujours plus imaginatif, toujours plus à l'écoute. »

D'autant plus que, pour bon nombre d'assureurs, le contrat auto est avant tout une vitrine du panel d'assurances. « Si vous assurez votre voiture chez quelqu'un, il est assez logique que vous restiez dans la même maison pour votre habitation ou votre santé », décrypte Thierry Saniez, délégué général de l'association de consommateurs CLCV. « C'est un contrat extrêmement stratégique, confirme Yann Arnaud, chef produit auto à la Macif. On estime que tous les quatre ans, un conducteur change de véhicule. Tous les quatre ans, une nouvelle personne revient donc sur le marché. »

Les innovations en matière d'assurances auto pourraient-elles ainsi présager du futur des autres assurances ? « C'est là qu'est embêtant le concept de Pay as you drive, remarque Thierry Saniez. Payer ce qu'on consomme... Si on en arrive au même point pour la santé, quid de la mutualisation ? Ce serait tout un choix de société à repenser... » Reste encore à voir si le contrat tiendra la route.

Tiphaine RÉTO.

15 septembre 2007

Des options gratuites ? Vous allez le payer...

Un nouveau forfait de téléphone ? Gare au piège : les opérateurs en profitent parfois pour soumettre des options gratuites... pour un temps, seulement.
C'est souvent une toute petite ligne. Tout en bas du contrat. Du genre de celle qu'on ne lit pas. « Option TV + surf offerte pendant deux mois puis facturée 6 € TTC/mois. » Vous venez de souscrire à un nouveau forfait de téléphone. Le plus simple que vous ayez pu trouver. Le moins cher aussi, si possible. Et vous découvrez cette petite ligne. C'est ce qui est arrivé à Martine, cliente chez Orange. Martine et tant d'autres dont les témoignages pullulent sur les forums Internet. « Sauf qu'évidemment, après deux mois, j'ai oublié de résilier... »

Des options pas si « optionnelles »...

Option télé ou Internet, SMS illimités ou visiophonie intégrée... Chaque souscription à un forfait permet à un opérateur de faire tester une nouveauté. Gratuite un temps, puis payante ensuite. « Du marketing de négligence, assène Bernard Dupré, délégué général de l'Association des utilisateurs de télécommunications (Afutt). Car on compte sur l'oubli du client pour faire du chiffre. » Une possibilité que démentent Bouygues et SFR, qui informent leurs usagers de la fin de la période de gratuité, mais sur lequel Orange n'hésite pas à jouer : « Nous espérons avant tout que le client n'ait pas envie de se séparer de l'option testée... Mais c'est vrai que trois mois, c'est long. »

Une pratique frauduleuse ? « En ce cas, juste déloyale, précise Audrey Bailleux, juriste pour l'UFC-Que choisir. En revanche, c'est de la vente forcée si l'option ne peut être retirée du contrat lors de sa signature. » Pas de ça chez nous !, clame Orange : « Toutes nos options sont, de fait, optionnelles. Si vous n'en voulez pas, il suffit de le signaler.»

Vérification faite en agence, le procédé est moins clair. « Toutes les options ne sont pas retirables du contrat, s'excuse une vendeuse. Chaque mois, nous mettons en avant un ou deux services. Les options gratuites sur ces services sont obligatoires... » Et de préciser que la résiliation peut se faire gratuitement par Internet ou par téléphone. Mais face à la grogne de nombre de ses clients, l'opérateur prépare un plan visant à supprimer ce procédé d'offres gratuites.

Car là encore, la chose n'est pas si simple. « Nous avons un certain nombre de témoignages de personnes dont la résiliation n'a pas été prise en compte, reprend Bernard Dupré, à l'Afutt. Et pas que chez Orange ! Or, sans preuve écrite, difficile de faire quelque chose. » Mieux vaut donc envoyer une lettre en recommandé avec accusé de réception.

 

Tiphaine RÉTO.

07 septembre 2007

Immobilier : des pratiques pas toujours nettes

Publicités mensongères, pratiques illicites... Une vaste enquête réalisée par la Répression des fraudes épingle les professionnels de la branche.
 


La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) révèle, aujourd'hui, les résultats de 16 700 contrôles réalisés en 2006. Une enquête « de grande ampleur » menée chez les agents immobiliers, les constructeurs de maisons individuelles, les syndics et les diagnostiqueurs techniques (amiante, termites...). Résultat : un nombre important de « professionnels peu scrupuleux » userait de « pratiques commerciales abusives ou anticoncurrentielles ». L'enquête indique un taux d'infractions de 77,5 %, parmi les 1 070 agences immobilières contrôlées dans 51 départements. 74 % des constructeurs seraient dans le même cas.

« Un chiffre bien trop élevé », commente René Pallincourt, président de la Fédération nationale des agences immobilières (Fnaim), qui s'avoue « très déçu ». « Cependant, il faut hiérarchiser les fautes. Dans cette enquête, il y a des entorses très graves, tel que l'exercice illégal de la profession (58 infractions relevées, dont 42 rapports transmis au Parquet) et des erreurs portant moins à conséquence, comme l'absence d'affichage des tarifs en vitrine. »

Un secteur victime de son succès

Les professionnels tentent de chercher des explications. La prolifération des textes, notamment, ne facilite pas l'application stricte des lois : « Nous sommes une profession très réglementée, assure René Pallincourt. Et nous nous retrouvons parfois face à un magma législatif impossible à démêler. » Et impossible à contrôler. Dans un marché florissant, qui pèse 340 milliards d'euros par an, le secteur du logement ne cesse d'attirer. De 17 000 au milieu des années 1990, le nombre de cartes professionnelles flirte aujourd'hui avec les 26 000. « Trop souvent, les dirigeants de ces nouveaux cabinets ne sont pas assez formés », reprend la Fnaim.

Pour la fédération professionnelle, l'enquête va avant tout permettre de « nettoyer la profession avec toute la sévérité qui s'impose ». Déjà, son président souhaite étendre les pouvoirs de la DGCCRF, afin de poursuivre les infractions les plus graves. « Le nombre d'infractions relevées justifie que soit maintenue une vigilance particulière », confirme la Répression des fraudes. De quoi faire le ménage dans la maison.

 

Tiphaine RÉTO.

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