23 juin 2009

Bi Kidude, une chanteuse libre qui donne espoir aux femmes

Texte Delphine Barrais / Photo Tiphaine Réto

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06 mai 2009

Rendez-vous aux bains douches

Pour beaucoup, les bains douches ne sont qu'un vestige du passé. Pourtant, la Ville de Paris continue d'entretenir 18 de ces établissements d'hygiène. En 1999, on y comptait 300 000 entrées par an. En 2008, le chiffre avait triplé : 900 000 visiteurs ont poussé la porte des bains municipaux.

Entre les deux, l'ancien maire de Paris, Jean Tiberi, a imposé la gratuité des accès. Et le niveau de vie des Parisiens les plus modestes n'a cessé de baisser.

Conçus à l'origine pour accompagner les piscines florissantes du début du XXème siècle, les bains douches sont devenus peu à peu le symbole d'une France de l'exclusion. Mais aujourd'hui SDF, mal-logés et sans-papiers croisent les retraités des chambres de bonnes ou les « travailleurs pauvres » ne pouvant plus payer les factures d'eau.

Il est souvent difficile d'y faire ses premiers pas... Beaucoup d'ombres se faufilent jusqu'aux cabines. On s'attarde rarement. Surtout les premières fois. Pourtant, à force de revenir encore et toujours, on finit par se connaître. On discute, on échange. On prend ses aises en même temps que ses habitudes. « Ce lieu est un nerf social, affirme Billy. On ne se rend pas compte à quel point la crasse vous exclut de la société. En sortant de la douche, on se sent redevenir humain. » Ancien commercial, il fréquente les bains douches depuis une dizaine d'année. « Fréquenter » est le mot puisqu'il n'y vient parfois que pour « voir du monde ». « Les gens arrivent ici par difficultés, ils découvrent une atmosphère. »

30 novembre 2006

La Colline, un îlot urbain dans un océan de vies

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14 novembre à la Colline : un père retient sa fille en otage. Mais la Colline, ce n'est pas que du fait divers. Retour sur un quartier où l'on vit. 

 

La Colline. Un îlot de six tours dans l'ensemble de la Girardière. Une presqu'île, coincée entre deux supermarchés qui surplombe l'entrée de Cholet. Une enclave en hauteur. Un quartier, où l'on vit, on rit et on pleure. Comme partout. Ce mercredi-là, il se réveille dans un murmure. La veille, un homme a retenu sa petite fille en otage, entraînant l'intervention du GIPN. « Des gens qui pètent les plombs, de toute façon, y en a partout. »Alors, si on parle des événements de ce 14 novembre, on ne s'y attarde pas. Il y a les poubelles à descendre. Les courses à faire. Le petit frère à aller chercher à l'école. Et puis, « on ne parle de la Colline que lorsqu'il y a des faits divers », se désolent Jean-Claude Rabault et Claire Pithon, du centre social Horizon. Ils ajoutent : « Le quartier traîne une image très négative, alors qu'en réalité la vie s'y est améliorée. »

Même vision des choses pour Freddy Brieau, gardien des tours B, E et F : « C'est l'effet « tour ». Tout de suite, on pense à la banlieue... Mais ça n'a rien à voir ». Il constate : « Quand je suis arrivé, il y a deux ans, tout le monde m'a dit que c'était un quartier difficile, avec des squats et du trafic. Mais la police a fait une grosse descente juste avant mon emménagement. Depuis, c'est plutôt calme ».

Jouer sur la mixité sociale

Un reste de poubelle calcinée jonche le sol, allée des Pinsons. La Girardière est encore considérée comme Zone urbaine sensible, selon les critères de la politique de la ville. La plus faible des trois catégories de quartiers subventionnés. « Et ce n'est pas forcément dans les quartiers dits « sensibles », que les chiffres de la délinquance sont les plus forts », prévient le commissaire Miziniac.

Sur la porte d'entrée d'un des halls jaunes et gris, une vitre arbore ses fissures étoilées. « Avant je devais changer une vitre tous les 15 jours. Aujourd'hui, c'est à peine une par mois. » Le gardien ne s'en offusque pas : « Il y a beaucoup de passage dans les tours. Et surtout beaucoup d'enfants. C'est normal qu'il y ait des dégradations et du bruit ».

« C'est vrai que le quartier a ses spécificités, reprend Claire Pithon. Les logements sont les moins chers de Cholet. Il y a donc une concentration de personnes avec de petits moyens. » Près de 2000 habitants, selon un extrait du bilan 2006 de la politique de la Ville, regroupés sur 779 logements, vivent dans l'ensemble Colline-Villeneuve. Des familles nombreuses, des familles monoparentales... Mais aussi, et de plus en plus, des personnes seules, sans emplois ou des étudiants.

La recrudescence de ces « célibataires » a amené Sèvre-Loire-Habitat à réaménager certains T5 en studios. « Ça permet aussi de jouer sur la mixité sociale », affirme Freddy Brieau. Mais le concierge n'est pas encore persuadé de la réussite de cette mixité. « Le problème, c'est que personne ne communique. Les conflits de voisinage sont nombreux parce que les gens n'ont pas l'idée, ou pas l'envie, d'aller voir les locataires du dessus pour leur dire de faire moins de bruit. Chacun vit chez soi, sans se parler. »

Difficile de créer une vie de quartier

Le constat est le même au centre social. « Il y a de grandes détresses, mais personne ne peut le voir. » Pour amener les habitants à se rencontrer, Horizon a fait venir une troupe de théâtre pour organiser des rencontres festives autour de la vie de quartier (Ouest-France des 29 septembre et 2 octobre). Un appartement a également été mis à disposition pour créer un lieu d'accueil et d'échanges au sein des tours. Mais peu font la démarche d'y venir. « Comme partout en France, il y a ici un individualisme présent. D'autant plus, peut-être, que beaucoup d'habitants ne sont là que pour la semaine. Ils viennent travailler ou étudier à Cholet et s'en vont le week-end. C'est donc dur de créer une synergie de quartier. »

Mais est-ce difficile de vivre à la Colline ? Pas tant que ça. D'après une étude réalisée par le bailleur social Sèvre-Loire-Habitat, la majorité des gens sont satisfaits d'habiter dans l'îlot. Un tiers y vit moins de trois ans et ne voit dans le logement HLM qu'une transition pour l'accession au logement particulier. Mais un tiers y vit depuis plus de sept ans et ne pense pas à changer de quartier. « Il y a un réel sentiment d'appartenance au quartier, reprend Jean-Claude Rabault, directeur du centre social. Surtout chez les jeunes. Ils ne se disent pas de Cholet. Ils se disent de «la Colline».»

Wassila, mère de trois enfants, s'apprête, elle, à déménager. Pour aller où ? « Dans la même tour. Mais à un autre étage. On va passer d'un T3 à un T4. » Le quartier lui plaît. « Il y a tout à proximité. L'école, le supermarché, l'hôpital et les bus pour aller dans le centre. » « Les gens sont critiques, affirment en coeur les travailleurs du quartier. Mais ils ne changeraient pas de lieu de vie. »

Tiphaine RÉTO.

 

ECLAIRAGE 1.

"Où trouver une aussi belle vue ?"

« Ça fait 25 ans que j'habite à la Colline et je n'ai certainement pas envie de changer ! » Madame Hérault reçoit en toute simplicité dans son grand T5 de la Tour B. « Ah non ! Il n'y a plus de lettres pour différencier les tours. Ils nous ont mis des noms de rue. Mais bon... Entre nous, on n'a pas changé nos habitudes de langage. »

Madame Hérault vit seule désormais. Ses quatre enfants sont grands. Son mari est décédé durant l'été. Ses habitudes sont restées. « Je vais chercher le courrier. Je discute un peu avec les voisins. Il y a toujours quelqu'un avec qui causer. On se dit bonjour, on parle un peu du temps... Mais ça s'arrête souvent là. Comme ça, on est sûr qu'il n'y a pas d'histoires. »Depuis son arrivée, elle a vu le quartier évoluer. « On ne peut pas non plus dire qu'il y ait eu beaucoup de changements. Et puis, vous savez, ça ne sert à rien de toujours dire « De mon temps... ». Mieux vaut vivre avec le présent. » C'est dans sa tour, pourtant, que de nouveaux logements, plus petits, plus à même de recevoir des personnes seules, ont été habilités. « C'est parce qu'il y a plus de jeunes à venir vivre ici. Ils n'ont pas besoin d'appartements familiaux. »

« Mélange de générations »

La jeunesse, c'est aussi ce qu'apprécie Mme Hérault, à la Colline. « C'est agréable de voir ce mélange de générations. Je n'aimerais pas vivre avec une seule tranche d'âge. » Les groupes de jeunes qui occupent les halls d'immeubles à la nuit tombée ne lui font pas peur. « Je n'ai jamais eu d'histoire avec eux. Ils nous connaissent et nous saluent. C'est tout. »

Elle s'avance de la grande baie vitrée. « Ça, c'est ce que j'aime. Regardez ! De ce côté-ci, j'ai une belle vue sur la campagne. » Elle revient dans le salon, emprunte un couloir aux murs tapissés à la mode des années 70, rentre dans une des trois chambres : « Et de ce côté-ci : j'ai une vue magnifique sur la ville ! » Brico-dépôt en premier plan, puis un océan urbain d'où émerge le clocher de Saint-Pierre. Elle revient à la première vue. « Celle-là, c'est quand même ma préférée : le soir, je peux regarder les lumières sur l'express, je vois s'il y a du trafic sur la route de Mortagne ou sur la route de la Vendée... J'observe. C'est tellement beau. » Elle se retourne : « Alors, dites-moi, sincèrement : où est-ce que je pourrais avoir une aussi belle vue ? »

 

ECLAIRAGE 2.

"Le seul endroit où l'on peut se payer un loyer"

« Le seul endroit où l'on peut se payer un loyer »

Sur le pas de la porte, les murs jaunes du hall sont recouverts de portraits aux regards ténébreux. Chanteurs et comédiens aux visages d'ange vous accueillent. Le rire et la bonne humeur aussi. Frédérique est tranquille pour l'après-midi. Sa petite dernière, Lou, 2 ans et pleine d'énergie, est à la garderie. « Ben voilà ! C'est chez moi. » 6e étage. Un T4 qui donne une impression d'immensité. Mais en regardant la galerie de portraits sur les murs du salon, on devine que l'endroit doit paraître petit lorsque toute la tribu est au complet. « Six enfants et bientôt quatre petits-enfants », annonce fièrement Frédérique. Tous habitent la Colline. Depuis longtemps. « Je suis arrivée ici en août 1989, reprend la petite femme au rire rauque. J'habitais chez mes parents avec mes trois premiers enfants. Je venais de me séparer de mon mari, j'avais plein de dettes. On m'a proposé un appartement ici. Je suis venue. »

« On a tout à proximité »

La porte d'entrée s'ouvre. Céline, 26 ans, l'aînée de la famille, vient rendre visite à sa mère. Delphine, 23 ans, vient aussi se joindre à la conversation. « On s'est plu tout de suite, ici, reprend Frédérique. D'abord parce que je n'étais pas loin de chez mes parents et puis on a tout à proximité : l'école, l'hôpital et les supermarchés. »

En direction de Céline : « Et vous aussi ça vous a plu, non ? » La jeune fille a emménagé à l'étage au-dessus, à la naissance de sa fille. Plus pour des raisons pratiques que par choix : « Je ne pouvais plus vivre chez ma mère. Mais comme maman travaillait, il fallait aussi que je garde ma petite soeur. Le plus simple, c'était de rester dans le quartier.»

Parfois, Frédérique aimerait déménager. Elle convoite déjà un appartement plus grand. Dans la même tour. « Ce que je voudrais, en réalité, c'est changer de quartier. Ici, c'est pas toujours drôle... » Puis résignée, mais toujours joviale. « En fait, c'est impossible de partir. La Colline, c'est le seul endroit où je peux payer le loyer. »

 

Voir la page :  Colline.pdf

19 octobre 2006

Roissy : salariés musulmans interdits de travail

Selon la CFDT, des badges d'accès ont été retirés. En tout, 70 personnes pourraient être concernées. Les syndicats dénoncent un « délit de faciès ».

 

« En dix-sept ans à Roissy, je n'ai jamais mis les pieds dans un commissariat. » Hassane Tariqui ne comprend pas. Le 20 septembre, cet agent de maîtrise de l'Acna (Armement Cabine et Nettoyage des Avions), filiale d'Air France, a reçu un courrier de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Une convocation pour avoir eu « une attitude pouvant mettre en cause la sûreté aéroportuaire ».« Au début, je suis resté tranquille, parce que je n'avais rien à me reprocher. » Mais au début de la semaine, Hassane est témoin d'une scène qui l'inquiète : « La police a arraché les badges de plusieurs personnes devant moi. Eux aussi avaient reçu la lettre. »

Le badge. Un sésame délivré par la préfecture, difficile à obtenir, nécessaire pour être employé sur les zones sécurisées des aéroports de Roissy et d'Orly. « Sans badge, on ne peut plus entrer là où nous travaillons. C'est le chômage assuré », reprend l'agent de maîtrise. « Mais pourquoi moi ? », s'étonne Hassane Tariqui. « Tu as fait un pèlerinage à La Mecque », lui répond Philippe Decrulle, secrétaire adjoint de la CFDT-Air France. « Ne cherche pas plus loin. »

Selon la CFDT, 70 salariés de filiales ou d'entreprises de sous-traitance ont reçu le même type de courrier. Le syndicat remarque une ressemblance : tous sont d'origine arabe ou de confession musulmane. D'autres salariés, bagagistes à l'aéroport, se sont rendus à la convocation de la préfecture.

« Chasse à l'Arabe »

L'un deux, dans une interview accordée au journal Le Parisien, s'étonne de cet interrogatoire : « Deux agents m'ont posé des questions sur la religion, si des gens prêchaient au travail, si j'avais fait le pèlerinage. Je ne voyais pas où ils voulaient en venir. »

Pour Philippe Decrulle, l'orientation est pourtant claire : « Ce sont les retombées du livre de Philippe de Villiers sur les 'mosquées' de Roissy. » Le syndicaliste ne nie pas des cas de prosélytisme islamique à l'aéroport. « Mais là, c'est toute une population qu'on montre du doigt, sans preuve, sans véritable enquête. Ça s'appelle un délit de faciès. Voire une chasse à l'Arabe. »

Une accusation réfutée par un communiqué du préfet : « En aucun cas, le fait de pratiquer la religion musulmane, pas plus qu'une autre, n'est un critère de sélection. Il s'agit seulement de vérifier si la personne a un comportement compatible avec la sécurité et la sûreté. »

C'est la préfecture qui retire le badge, mais « le licenciement demeure une prérogative de l'employeur », poursuit le communiqué. Déjà six personnes, qui se sont vu retirer leur badge, ont déposé un recours contre la décision préfectorale.

Hassane en rirait presque : « Je vérifie la sécurité des vols vers les États-Unis. Si j'étais un dangereux terroriste musulman, il fallait me retirer mon badge tout de suite. »

Tiphaine RETO.

04 septembre 2006

La Mairie de Paris lutte contre le mariage forcé

Un dépliant gratuit et un site Internet pour savoir qu'on a le droit de dire « non ». Anne Hidalgo, première adjointe socialiste à la Mairie de Paris, commente cette campagne d'informations.


En France, des jeunes filles d'origines turque, maghrébine ou africaine sont contraintes au mariage. Y a-t-il une recrudescence des unions forcées ?

On parle de 70 000 victimes en France, un quart d'entre elles résidant sans doute en région parisienne. Ce sont des estimations, car il est très difficile d'avoir des chiffres sur un tel phénomène. On ne peut donc pas savoir s'il y a aujourd'hui plus d'unions contraintes ou non. Mais le sujet est moins tabou et les jeunes filles viennent peut-être plus facilement en parler.

Les maires s'opposent-ils à des d'unions qu'ils considèrent suspectes ?

Beaucoup de maires ou d'adjoints ont déjà été confrontés à de graves cas de conscience. C'est une lourde responsabilité d'arrêter un mariage, simplement parce qu'une jeune fille est entourée par cinq « gros bras » et qu'elle n'a pas l'air épanouie. On se dit toujours que l'on va peut-être faire une énorme bêtise en se mêlant de la vie privée des gens. D'autant plus qu'on se retrouve seul devant des familles convaincues du bien-fondé de cette pratique. Mais aucune coutume ne peut justifier d'entraver la liberté de quelqu'un. Et le droit français est là pour le rappeler.

Concrètement, comment les fonctionnaires municipaux peuvent-ils intervenir ?

Nous avons déjà engagé et formé 300 fonctionnaires pour qu'ils puissent analyser rapidement les situations à risque. On leur demande notamment une grande vigilance au moment du dépôt des dossiers de mariage. Depuis décembre 2005, les futurs conjoints doivent venir déposer eux-mêmes, physiquement, ces dossiers. Toute dérogation est désormais interdite. Pas question que le père, le frère ou la cousine remplacent les futurs époux. En dernier recours, les adjoints ou les maires sont autorisés à entendre séparément les fiancés, afin de s'assurer de leur consentement mutuel.

Pourquoi avoir lancé, en plus, cette campagne ?

La décision a été prise le 25 novembre, à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Depuis 2001, déjà, bon nombre d'associations et d'acteurs de terrain attiraient notre attention sur cette question et sur leurs difficultés à mettre en place des lieux d'accueil et d'information.

Quel est l'objectif de cette campagne ?

Nous voulons avant tout informer. L'idée de s'opposer à ce genre de pratique n'est pas facile à assumer pour une jeune fille. Certaines redoutent une rupture totale avec leur famille et craignent pour leur avenir. Mais, parfois, elles vont oser se confier à une amie, à un professeur. Il faut donc que n'importe qui puisse avoir accès aux renseignements de première nécessité. Que n'importe qui sache qu'on a le droit de dire « non ». La brochure que nous avons éditée et mise en ligne sert aussi à dédramatiser la situation. Car, même une fois le mariage consommé, il est possible d'agir. Une victime de mariage imposé a, aujourd'hui, jusqu'à cinq ans pour faire annuler cette union, contre six mois auparavant.

Cette action est une première en France. Aura-t-elle des répercussions en province ?

La Mairie de Paris, qui dispose d'un statut particulier de ville et de département, est bien placée pour lancer la lutte. D'autres collectivités - Toulouse, Montpellier, les Bouches-du-Rhône -, nous ont déjà contactés pour travailler sur ce problème. Les questions d'égalité entre hommes et femmes sont, de toute manière, devenues de véritables sujets politiques. Mais le combat reste fragile. Si l'on veut passer un cap supplémentaire, il va falloir des actes. Le 25 novembre, nous ferons un premier bilan. Pour évaluer ce qu'il faut améliorer. Nous devons, par exemple, travailler sur l'accueil et l'hébergement des victimes en fuite. Des choses concrètes. Car si on reste dans les jolis discours, on le paiera un jour.

 

Recueilli par Tiphaine RÉTO.

Voir la page :  mariageforcé.pdf

18 août 2006

Cachan : les « Mille » expulsés, certains résistent

Après trois ans d'occupation, le squat géant du Val-de-Marne a été évacué, hier. 508 personnes ont été expulsées. 49 sans-papiers ont été interpellés.

 

Attendre. Au milieu des sacs, des valises mal fermées et des affaires entassées. Attendre. Les habitants du « plus grand squat de France », à Cachan, ne faisaient plus que ça. La nuit de mercredi à jeudi n'avait été qu'une longue veillée. Associations et squatters sentaient venir le délogement. Passé 7 h, hier, chacun pensait le coup passé. « Ils ont attendu que les hommes partent au travail pour en profiter. » Sindou Fofana est demandeur d'asile, comme les deux tiers des sans-papiers du bâtiment. Il ne craignait plus l'expulsion pour ce matin.

Pourtant, vers 9 h, ce jeudi, près de mille personnes - CRS, policiers, pompiers et personnels de la Croix-Rouge - encerclent puis investissent le bâtiment pour une évacuation dans le calme. Les rues adjacentes sont bloquées. La ville de la banlieue sud se met en état de siège. Et attend, elle aussi.

Pour les compter, les policiers enferment les résidents dans leur logement. 300 ex-chambres étudiantes de neuf mètres carrés, dans cette barre vétuste de cinq étages. Certains vivent là depuis trois ans, confinés jusqu'à cinq personnes par pièce.

Un à un, les « Mille » commencent à quitter les chambres, passent les barrières et se font enregistrer auprès des postes de la Croix-Rouge. Contrôles d'identités. Ceux en situation régulière sont invités à monter à bord d'autocars pour être emmenés dans des hôtels. Les autres risquent la reconduite aux frontières.

Amiante et risque d'incendie

Le 14 avril 2004, le tribunal administratif de Melun avait ordonné l'évacuation des lieux. Le bâtiment F de la cité universitaire de Cachan était insalubre. Mais, depuis décembre 2004, l'opération patinait. Les négociations avaient repris en janvier 2006, avec l'arrivée d'un nouveau préfet, Bernard Tomasini. Aucun accord n'avait été trouvé. C'est finalement le recteur de l'académie de Créteil, propriétaire des lieux par l'intermédiaire du Centre régional des oeuvres universitaire (Crous), qui a pris la décision. Pour des raisons de sécurité. Le préfet insiste aussi « sur un risque majeur » en matière de sécurité incendie et sanitaire pesant sur le bâtiment amianté.

Mais squatters et associations refusent l'argument. Dans l'après-midi, le ton monte à Cachan. On attend toujours. D'un côté ou de l'autre de la barrière. Car, à l'intérieur du bâtiment, des femmes et des enfants n'ont pas tous évacué les lieux. Des jets de bouteilles et de barres de céréales, distribuées par la Croix-Rouge, traversent les fenêtres. Quelques cris. Dehors, la foule scande sa solidarité. Et le mot est lâché : « Ce n'est pas une évacuation. C'est une rafle », s'emporte Stéphane Colaneaux, porte-parole du Parti communiste du Val-de-Marne.

Quatre premiers cars sont partis avant que le processus ne s'enraye. Fin d'après-midi, plus personne ne veut monter dans les bus. « Ils nous proposent d'aller à l'hôtel, mais on sera viré dans quelques jours et il faudra trouver un autre toit », s'inquiète Mamadou, un Malien de 41 ans.

Dans la soirée, 49 personnes en situation irrégulière avaient été interpellées. Une centaine de squatters refusaient de s'éloigner des bâtiments. « C'est honteux d'être traités ainsi, lance Fidèle Nitiema, délégué des habitants. On ne bougera pas tant que l'on ne nous proposera pas de régularisation et une solution valable de logement. » Sous la pluie battante, un campement était monté près des lieux d'évacuation. Pour ceux qui, encore une fois, étaient bien décidés à attendre.

 

Tiphaine RETO.

Voir la page :  cachan.pdf

02 août 2006

À Cachan, 1 000 sans-papiers dans un squat

Une barre de cinq étages au coeur d'une cité universitaire du Val-de-Marne. C'est là que vivent près de mille personnes, la plupart sans papiers. Lundi soir, c'était portes ouvertes dans le squat...

 

CACHAN (de notre envoyée spéciale). ¯ Dans le hall du bâtiment, la musique fait vibrer les murs au béton abîmé. Sur la piste, improvisée dans l'entrée de l'immeuble, les femmes en boubou dansent un zouk ivoirien. Il est près de minuit, mais les enfants sont aussi de la partie. Les hommes, eux, sont à l'entrée. Ils discutent, fument quelques cigarettes et accueillent les nouveaux venus, des visiteurs d'un soir. « Le plus grand squat de France » fait portes ouvertes. « Nous voulions que les gens, de Cachan et d'ailleurs, voient dans quelles conditions nous vivons », annonce Soumahoro Issoufou. Arrivé de Côte d'Ivoire, il habite le 4e étage de l'immeuble depuis un an et demi. « Il faut rentrer, clame-t-il. Il faut voir ça. »Il faut rentrer, donc. Passé le hall, la musique devient moins assourdissante, la foule moins dense. Une porte s'ouvre, laissant entre-apercevoir un ancien hangar à vélos. Large comme un couloir, pas beaucoup plus grand non plus. Assita en sort. Elle remue quelques nems dans une friteuse. Elle s'excuse : elle comprend mal le français. Ses quatre enfants sont couchés sur des matelas à même le sol. Elle ne veut pas les déranger en montrant son « appartement ».

Odeurs de friture et relents d'urine

Au premier étage, c'est Bougouni qui entame la visite. « Bougouni, c'est pas mon vrai nom. C'est le nom du village où sont restés mes parents, dans l'est du Mali. » Il marche très vite sur la longueur infinie des couloirs. Par endroits, les dalles de lino coloré se sont détachées du sol. II évite quelques trous, des bouteilles d'eau vides et des jouets d'enfants. « Là, ce sont les toilettes qu'on ne peut plus utiliser. » À même le mur, près d'une porte défoncée, un tag : « Pas de pipi ici. » Trois gamins disparaissent en riant derrière un mur couvert d'inscriptions à la bombe et d'autocollants. Aux odeurs de friture se mêlent des relents d'urine. Une porte, elle aussi presque sortie de ses gonds : « Ici, ce sont les toilettes pour se laver. » Les occupants des chambres qui font face ont façonné de petites digues avec des détritus. « Contre les fuites. Les salles de bains inondent de temps en temps. »

Bougouni s'arrête pour saluer des voisins, puis presse le pas en grimpant les étages. « Il y a près de 300 chambres, je crois. On y vit par famille ou entre amis. On se serre un peu. On se débrouille. » Sur la coursive extérieure, les bouts incandescents de deux cigarettes font des taches rougeâtres dans la nuit. « Ces deux hommes qui fument, ce sont les responsables du 3e étage. » La vie en collectivité s'est organisée depuis les débuts du squat. « Ce sont eux qui répartissent les tâches ménagères ou qui attribuent les places dans les appartements. Ils animent aussi les réunions qu'on organise. »

Le jeune homme redescend les escaliers, chassant quelques moustiques sur son passage. « Tu vois, à chaque étage, c'est pareil. De la misère et de la galère. » De retour au premier niveau, il glisse sa clé dans un verrou. « Ici, c'est chez moi. Nous ne sommes plus que trois, mais il y a quelques semaines encore, on se partageait l'espace à cinq. » La chambre, encombrées d'objets, ne dépasse pas les neuf mètres carrés. Pas de lit, juste des matelas. Bougouni dort sous une table, près de la fenêtre. Loin de l'évier qui fuit. « J'ai 25 ans, lâche-t-il, dépité. Tu crois qu'à 25 ans, on rêve de vivre comme ça ? Mon seul rêve, c'est de retourner au Mali. Je m'en fiche maintenant que la police m'attrape et m'expulse. »

Syllacheikna est entré sans bruit dans la pièce. Il vit dans la chambre d'en face. Il intervient : « Rentrer au pays ? Là-bas, c'est comme ici. On n'a plus de vie. »

 

Tiphaine RÉTO.

Voir la page :  sanspapiers.pdf

01 août 2006

L'équipe de France des sans-abri ira au Mondial


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Du 24 au 30 septembre, 45 équipes se retrouveront au Cap, en Afrique du Sud, pour une Coupe du monde de football de rue. Principal trophée : sortir de l'exclusion. 

 

« La journaliste a eu du mal à croire que notre Christian pouvait vraiment faire partie de l'équipe... » Sylvie Soutier, responsable d'un accueil de jour à Versailles, sourit. Ce samedi, elle est venue au Parc des Princes, pour soutenir les équipes qui participent au tournoi de Paris des sans-abri. À quelques mètres, Christian, 54 ans, un grand dégingandé, jongle avec un ballon qui ne veut pas obéir à ses mouvements de pied, à son corps asséché par des mois de galère. Le visage abîmé de ce SDF, ailier gauche de l'équipe de France, rayonne. Dans quelques jours, il participera, en Afrique du Sud, à la Homeless World Cup 2006. La Coupe du monde des sans-abri, qui rassemble, cette année, jusqu'à 45 nations.

« Pour choisir les huit membres de l'équipe, ce ne sont pas vraiment les critères sportifs qui ont primé, mais le fair-play, l'envie de s'en sortir, la fibre sociale. Pour ceux qui ont la chance de participer, c'est aussi l'occasion de faire le point, de rencontrer parfois, une misère pire que la leur », explique Sylvie Soutier.

Le sport, premier lieu d'intégration

Au mois de septembre, elle aussi sera du voyage. « C'est important que des travailleurs sociaux participent à l'événement, affirme Benoît Danneau, coach de cette équipe de France si particulière. Il fut le créateur, au Secours catholique, de la première équipe de sans-abri. « Pour nous, ce voyage est l'occasion d'échanger sur nos méthodes et nos pratiques. »

Dans les tribunes du Parc des Princes, Stéphane encourage les joueurs. Il était, l'année dernière, à Copenhague pour l'édition 2005 de la Coupe du monde. Depuis, il a quitté la rue et retrouvé un travail. « Dans nos sociétés, reprend Benoît Danneau, le sport est considéré comme le troisième lieu d'intégration, après l'école et le travail. Pour les gens de la rue, c'est le premier. »

L'aide du Paris-Saint-Germain

Depuis une dizaine d'années, à Paris, les acteurs sociaux s'appuient sur les valeurs portées par le foot. La prise d'initiative, le jeu collectif, l'échec sans conséquence, le respect des joueurs et de l'arbitre... Et l'estime de soi. Peu à peu, sur le terrain, les exclus disparaissent pour devenir des sportifs. « Toutes les semaines, témoigne Jean-Luc Bermond, bénévole du Secours catholique à Antony, instituteur, lycéen ou SDF nous mélangeons nos passions autour du ballon. Dans ces moments-là, les regards des uns sur les autres sont vraiment différents ».

Le football, facteur d'insertion ? « C'est un bien grand mot. Pour nous, il s'agit surtout d'un travail au quotidien. C'est un instant de détente, où, sortis de nos bureaux, nous pouvons efficacement leur rentrer dedans pour leur parler de leur hygiène, de leurs problèmes d'alcool », poursuit Sylvie Soutier. D'autant plus facile que, sur le terrain, la réalité s'impose : souffle écourté par le tabac, muscles atrophiés par le manque d'exercice... Dans l'effort, on s'aperçoit que la rue abîme. « Pour certains, c'est un choc. Quand c'est salvateur, tant mieux. »

Benoît Danneau n'en pense pas moins. « Le foot n'est pas une solution miracle. Juste un outil supplémentaire pour travailler. Mais cela ne fonctionne qu'avec ceux qui veulent vraiment s'en sortir. » Il devance les critiques de ceux qui voient dans la Coupe du monde des sans-abris une manifestation inutile et coûteuse. Il évoque l'aide financière apportée par le Paris-Saint-Germain. Le club paie les billets des joueurs, les maillots et même quelques entraînements. Benoît Danneau s'emporte presque : « Et pourquoi eux aussi n'y auraient pas droit ? On les qualifie toujours par des « sans ». Il faut s'habituer à l'idée que ce sont aussi des gens « avec ». Avec passion. »

Tiphaine RÉTO.

ECLAIRAGE 1.

Toussaint, capitaine d'une autre équipe de France

« On n'a aucune chance de gagner. Ça se voit... » Sur le terrain du Parc des Princes, Toussaint Bagou, la trentaine, tire légèrement sur son maillot bleu. Capitaine de l'équipe de France, il sait la valeur sportive de son équipe. « On vient de faire connaissance. Il n'y a pas de cohésion entre nous. » Au championnat de Paris des sans-abri, organisé par le collectif Tirs au but, l'équipe n'a gagné aucun match. « Pour la Coupe du monde, ce sera pareil. L'essentiel est de participer. »Autour de lui, les copains le charrient. Des copains de la rue ou de galère. La rue, Toussaint l'a quittée il y a deux ans. La galère, il y pense encore. Mais s'accroche à son travail dans une entreprise de sécurité. « C'est à chacun de réfléchir à sa situation et de faire un effort pour s'en sortir. » Originaire du Togo, il est arrivé en France il y a six ans. Les démarches administratives « intenses et difficiles » l'ont fait plonger. « Quand tu te heurtes à un mur d'incompréhension, au mieux tu n'as qu'une dépression... »

Réunis par la galère

Toussaint a du mal à savoir si le foot l'a réellement aidé à s'en sortir. Mais les entraînements, chaque samedi, lui ont toujours apporté une bouffée d'oxygène. « Dès qu'on s'habille, on ne pense plus qu'au foot. C'est le moment où on oublie tout le reste. » Les difficultés de la rue sont presque bannies des conversations. « On sait tous qu'à la base c'est la galère qui nous réunit. À quoi bon en parler ? »

Certains anciens de la Coupe du monde des sans-abri ont poursuivi une carrière dans le football. Toussaint préfère ne pas y penser. Comme un rêve un peu trop lointain. Son but en or à lui, c'est de ne pas retourner dans la galère. Il reste serein. « C'est celui qui ne connaît pas la misère qui en a peur. Moi, j'ai déjà mené mon combat. Maintenant, je sais comment m'en sortir. »


ECLAIRAGE 2.

Du football un peu particulier...

Quatrième édition. La première Coupe du monde des sans-abri a été organisée en 2003, à Graz (Autriche). L'événement a été reconduit en 2004, à Gothenburg (Suède) et en 2005, à Édimbourg (Royaume-Uni). Instituée par Mel Young, un entrepreneur social, la Homeless World Cup est désormais soutenue par la Fédération internationale de football, la Fifa.

Un impact positif. Après l'édition de 2004, un rapport d'impact a été établi sur les participants. À la suite du tournoi, beaucoup ont trouvé un emploi stable. Près de la moitié ont amélioré leur situation de logement. Plus d'un tiers ont suivi une formation. La moitié a arrêté les drogues et l'alcool. La majorité des joueurs ont continué de pratiquer le football. Seize d'entre eux ont même signé des contrats professionnels ou semi-professionnels de joueur ou d'entraîneur dans des clubs de football.

Les règles. Huit joueurs s'affrontent sur un petit terrain placé au coeur de la ville. Les règles correspondent à celles du football de rue : beaucoup d'attaques pour marquer le plus de buts possible.

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